
Photo-souvenir, puisque depuis les clubs de poker ont été interdits.
Le raz-de-marée planétaire du poker ne m’a pas épargnée. J’ai viré accro. Comme ces Romandes qui évoquent leur passion et déplorent l’interdiction des clubs, où il était possible de jouer sans se ruiner.
Online ou entre amis, dans les clubs ou les casinos, les femmes se sont fait peu à peu une place dans un monde longtemps réservé aux hommes. Elles ne se contentent pourtant pas, comme Bree Van der Kamp et ses amies dans Desperate Housewives, de tripoter vaguement les cartes autour d’une tasse de thé. Non, elles participent à de vrais tournois en affrontant des joueurs souvent aguerris. Que les hommes se méfient: nous avons beau être venues au jeu plus tardivement et être encore minoritaires, nous affûtons nos stratégies et espérons qu’un jour pas si lointain une femme remportera enfin le prestigieux titre de vainqueur du Main Event des World Series of Poker à Las Vegas.
Bon ben… En attendant ce jour glorieux, je participe à un tournoi de Texas Hold’em à 50 francs. Il est organisé par le Swisspokerclub de Vich (VD) juste avant l’interdiction des clubs décrétée par le Tribunal fédéral. Je me demande si j’ai bien fait de promettre un récit de mes exploits dans Femina. Si je suis expulsée de la table au bout de cinq minutes au vu et au su de tous, ce sera la honte absolue. Mais voilà, comme tous les joueurs, j’aime le risque. Mon esprit balance entre «je vais jouer serré et attendre patiemment la bonne main qui me permettra d’augmenter mon tas de jetons» (une main que je risque de ne jamais toucher) et «pour être crédible, je dois me montrer agressive dès le départ» (sachant qu’une seule erreur de jugement peut me faire sauter en deux temps trois mouvements).
Pire que le virus H1N1
Côté stratégie, ça démarre plutôt bien. La seule chose qui perturbe ma concentration, c’est quand arrive mon tour de faire office de croupier, rôle que je n’ai jamais tenu auparavant. Le croupier, aussi appelé dealer, distribue les cartes, contrôle le déroulement du jeu et répartit les gains en jetons. Au casino, c’est un professionnel qui s’en occupe. Mais dans les clubs, pour les petits tournois, les joueurs se débrouillent entre eux. En tant que croupière débutante, je commets d’innombrables maladresses que mes adversaires acceptent avec une patience angélique. Après cela, difficile d’apparaître comme une tigresse expérimentée au moment de miser! Il ne me reste plus qu’à jouer mon meilleur poker. J’y parviens pendant un certain temps. Mais au bout de six heures d’un jeu dont je ne suis pas mécontente, je commets l’erreur fatale et perds tous mes jetons. Après coup, petit débriefing perso, indispensable pour ne pas retomber dans les mêmes pièges à l’avenir. Je constate que ce n’est pas à une, mais à deux reprises que j’ai mal lu l’action de mes adversaires. J’aurais dû prendre le temps de la réflexion au lieu de répliquer aussi rapidement.
Pour moi, la soirée est terminée. Bye. J’ai adoré. J’y retournerais si le Tribunal fédéral ne venait pas de signer l’arrêt de mort des clubs organisateurs de tournois. Dommage. Parce que le poker, c’est bien pire que le virus H1N1. Une fois qu’il vous tient, il ne vous lâche plus. Comme tant d’autres, j’ai mordu à l’hameçon en zappant devant ma télé et en tombant par hasard sur un grand tournoi présenté par Patrick Bruel sur RTL9. Mon intérêt pour les échecs et le Scrabble s’est évanoui presque instantanément. J’ai découvert que le Texas Hold’em, la variante la plus tendance du poker, était ni plus ni moins que de l’adrénaline en barre. Savant mélange de stratégie, de psychologie, de hasard et de convivialité, il comprend tous les ingrédients qui rendent un jeu passionnant.
«J’adore ce jeu parce qu’il est vivant, riche en émotions et en interactions avec les autres joueurs», remarque ma consœur Yseult, qui sous le pseudo de Bidulette participe chaque mois en Valais à un tournoi entre amis. «Je ne joue jamais sur Internet. Trop impersonnel. Pour moi, le poker est l’occasion de passer un bon moment avec des gens que j’apprécie».
Impersonnel, le poker online? Certainement davantage qu’une partie autour d’une table en dur avec des joueurs en chair et en os qui se livrent entre eux à une véritable guerre psychologique. Mais le principal avantage du jeu sur Internet, à mes yeux, c’est qu’il permet d’acquérir de l’expérience, de tester ses stratégies, de faire des progrès et de s’amuser à participer à des tournois qui rassemblent parfois des milliers de joueurs. Atout non négligeable, il permet de jouer chez soi n’importe quand, puisque des joueurs du monde entier sont connectés sur les sites 24 heures sur 24.
Mais je sais que je dois faire attention: le risque de tomber dans la dépendance est bien réel, tout comme celui de perdre rapidement mon argent si je ne gère pas mon budget poker avec discernement. «Des études montrent que les personnes jouant en ligne ont plus souvent des problématiques d’addiction que les autres», m’explique le Dr Yasser Khazaal, psychiatre spécialisé dans les problèmes de dépendance. Comment reconnaît-on un joueur excessif? «Les principaux composants de l’addiction sont la perte de maîtrise sur le comportement de consommation (le poker, en l’occurrence), une diminution de l’engagement dans les autres aspects de la vie courante, ainsi qu’un retrait social qui aboutit au désinvestissement de sa sphère sociale et relationnelle». Le psychiatre constate que les joueurs pathologiques ne viennent le plus souvent demander de l’aide qu’en dernier recours, quand ils sont submergés par les difficultés: tensions dans le couple à cause du temps important passé online, surendettement ou perturbations du sommeil qui se répercutent sur la qualité du travail.

Le rêve du jackpot
Le grand piège du poker, pour tous les jeunes qui se prennent au jeu, c’est le fol espoir de devenir un grand champion. Leurs icônes s’appellent Phil Ivey, Daniel Negreanu ou, mieux, Chris Moneymaker. Moneymaker, au nom prédestiné, est un amateur lambda qui a remporté 2 millions et demi de dollars en gagnant les World Series à Las Vegas. Il s’était qualifié en participant à un tournoi à 39 dollars. «Le poker est un jeu à composante intellectuelle qui nécessite des habiletés stratégiques particulièrement excitantes, notamment celle de spéculer sur le jeu des autres» poursuit le Dr Khazaal. «Beaucoup pensent qu’en s’entraînant suffisamment, ils parviendront à en vivre. Or les joueurs à risque ont tendance à surestimer leur capacité à prédire le jeu de l’autre». Le rêve de décrocher le jackpot est savamment entretenu par les sites de poker online, qui organisent des tournois satellites permettant à quelques vainqueurs d’accéder à la table des pros.
En ce qui me concerne, n’ayant jamais imaginé faire fortune ou gagner ma vie grâce au poker, je ne joue online que des sommes ridicules. L’ennui, c’est qu’en me limitant aux parties les moins chères, je suis confrontée à bon nombre de blaireaux prêts à miser tout leur stock de jetons avec la main la plus douteuse.
Quelle importance que les autres jouent bien ou mal, diront certains, puisqu’il s’agit d’un jeu de hasard? Hasard. Le grand mot est lâché. Certes les cartes que je reçois sont l’effet du hasard. Le fait d’avoir deux bonnes cartes en main augmente mes chances de remporter le pot, mais sans la moindre garantie, car elles ne révéleront leur valeur qu’au fur et à mesure du déroulement de l’action. Souvent, même, je devrai les jeter, sachant par exemple qu’une main «as-roi» ne vaut rien face à une paire de 2. La chance, ça peut aider, mais c’est loin de suffire.
Question de bluff
Ce qui fait la différence entre les grands joueurs et les débutants, c’est le niveau d’expérience, la façon de jouer, l’observation des autres joueurs et la manière dont sont prises les décisions. Autrement dit, la stratégie. Et le bluff, alors? En fait, il est moins fréquent qu’on l’imagine. Et se pratique dans des situations bien précises, face à des adversaires dont on pressent la fragilité, pour imposer sa domination à la table, ou au contraire en un geste désespéré quand on se trouve au bord de l’élimination. C’est une arme à double tranchant, car la moindre erreur d’évaluation a tôt fait de transformer le bluffeur en bluffé!
La proportion de femmes jouant aux tables dans les clubs et les casinos est évaluée à plus ou moins 10 %. Elle devrait augmenter ces prochaines années. Car les femmes s’entraînent. Sur les sites online, elles sont de plus en plus nombreuses. Surtout, le poker est en passe de devenir le jeu de société préféré des adolescentes. Beaucoup possèdent déjà une mallette de jetons pour jouer entre copines. A quand une poupée Barbie en croupière et un casino en Lego?
Fini, le jeu au club!
Ces six joueuses se disent consternées par la fermeture du Swisspokerclub suite à la décision du Tribunal fédéral.
Valérie Thibaud, secrétaire municipale, Genolier (VD). Joue 5 heures par semaine. Sa réaction: «Le TF a tort. Il ouvre la porte aux parties clandestines et au jeu excessif. Alors que dans les clubs, les tournois étaient contrôlés et accessibles à tous.»
Lise Delessert, commerçante, Eysins (VD). Joue un tournoi tous les 2 mois.Sa réaction: «C'est discriminatoire. Tout le monde n'a pas les moyens de joeur au casino. Aberrant: on interdit le poker, mais on autorise le loto, jeu de pur hasard.»
Delphine Stapfer, agent d’escale, Begnins (VD). Joue 6 heures par semaine. «Je ne comprend pas. Mais nous trouverons une solution, comme jouer les uns chez les autres, entre amis.»
Chantal Pittet, gérante d’un centre d’impression numérique, Saint-Prex (VD). Joue 15 heures par semaine. Sa réaction: «Les juges se trompent. Au poker, c'est la stratégie qui compte, pas le hasard. Plus on a d'expérience, mieux on joue. Cette décision est navrante.»
Oxana Rizvanov, graphiste, Tannay (VD). Joue 20 heures par semaine. Sa réaction: «Je suis choquée, déçue, catastrophée. Où irons-nous joeur? Les tournois du casino coûtent cher.»
Daniela Merlino, aide-comptable, Tannay (VD). Joue 10 heures par semaine. Sa réaction: «Au club, l'ambiance était amicale et je pouvais joeur toute une soirée pour 30 francs. Rien de tel au casino.»
Madame Poker
Responsable des tournois au Casino de Montreux, Véronique Seels ne cache pas son faible pour le poker.
FEMINA Au Casino de Montreux, vous êtes l’adjointe du directeur des jeux de table et responsable des tournois de poker. Les femmes sont rares à un tel poste. Quelle a été votre trajectoire professionnelle?
VÉRONIQUE SEELS Je suis flamande et j’ai suivi une formation de croupier en Belgique. Après avoir travaillé plusieurs années au Casino d’Ostende, j’ai appris qu’un établissement de jeux allait voir le jour à Montreux et j’ai envoyé ma candidature. J’ai été engagée dès 2003, date de l’ouverture du Casino. A l’époque la formation de croupier n’existait pas encore en Suisse, raison pour laquelle les premiers croupiers ont été recrutés à l’étranger. Quant au poste que j’occupe actuellement, j’ai de la chance: notre directeur général aime donner des responsabilités aux femmes!
AuTexas Hold’em, qu’est-ce qui distingue le jeu des femmes de celui des hommes?
En tournoi, les femmes se montrent plus prudentes, parfois trop. Elles commencent rarement à miser dès l’apparition du flop (les trois premières cartes communes aux joueurs découvertes sur la table, ndlr). Les hommes sont impatients et ont tendance à entrer en action rapidement. Ils se montrent aussi plus agressifs. Mais ils manquent parfois de concentration en fin de tournoi, alors que les femmes tiennent mieux sur la durée.
Quelles sont les principales qualités du bon joueur de poker?
Comme aux échecs, il faut une concentration sans faille et des qualités stratégiques. Ce jeu réclame aussi de l’audace et une bonne mémoire visuelle, quasi photographique. C’est ici, à Montreux, que j’ai pris goût au poker. Je n’ai pas le droit de jouer au Casino, mais je joue avec des amis. D’ailleurs tous les employés ont chez eux leur mallette de poker. C’est vraiment un jeu qui intéresse tout le monde!
Comment expliquer l’attrait du poker par rapport à d’autres jeux de cartes comme le black jack, par exemple, le bridge ou le yass?
Le black jack, c’est de la chance pure. D’autres jeux de cartes comme le yass, par exemple, n’ont pas ce côté excitant et ne provoquent pas cette poussée d’adrénaline caractéristique du poker. Lors de leurs premiers tournois, certains joueurs débutants ont les mains qui tremblent, tellement leur émotion est forte. C’est le mélange de stratégie et de hasard qui rend le jeu passionnant. Et puis il ne faut pas négliger l’attrait du gain: les jeunes se disent qu’avec le poker, s’ils sont bons, ils peuvent gagner de l’argent.
Comment démarrer
Pour s’initier au B.A. BA du Texas Hold’em, il faut:
1. Potasser au moins un livre explicitant les règles et les stratégies de base
2. Visionner attentivement les tournois des pros sur DVD ou pokertube.com
3. Jouer avec des amis compréhensifs
4. S’exercer gratuitement (playmoney) sur un site de poker online
Livres
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Profession bluffeuse, d'Isabelle mercier, Ed. Flammarion Autobiographie de la première star médiatisée du poker féminin, la québecoise Isabelle Mercier. Elle a débuté comme croupière tout en effectuant ses études de droit. Devenue joueuse professionnelle sous le surnom de «no mercy» (pas de pitié), elle a longtemps vécu de tournoi en tournoi dans les plus grands casinos du monde. |
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No limit, de Tom Verdier, Ed. Albin Michel Une histoire vraie qui décrit l’enfer du jeu. Tombé dans le poker comme on tombe dans la drogue, l’étudiant Tom Verdier perd tout contact avec le monde réel. Abandonnant ses études sans l’avouer à ses parents, il joue pratiquement jour et nuit, ne voit plus ses amis et se retrouve sans le sou. Un récit à rebondissements. |
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Texas Hold’em pour les Nuls, de Mark Harlan, François Montmirel, FIRST Editions L’idéal pour se familiariser avec un jeu bien plus complexe qu’il n’y paraît. Ecrit par deux champions, il permet de progresser pas à pas. Une multitude de conseils incontournables pour miser en tenant compte de sa position à la table, évaluer la main de son adversaire ou, par exemple, éviter les erreurs les plus répandues. |
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Sites
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Leader absolu des sites de poker en ligne, PokerStars compte parfois jusqu’à 200?000 personnes connectées en même temps. Particulièrement apprécié des pros et des bons joueurs, il propose toutes les variantes du poker, mais s’est spécialisé dans les grands tournois. |
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Egalement parrainé par des pros et tout aussi sérieux, FullTiltPoker propose en plus d’une vaste gamme de tournois une «Poker Academy» qui dispense une véritable formation aux débutants, via des exercices, des conseils de champions et des démonstrations video. |
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Mon préféré. Ce site convivial en 3D donne l’impression de jouer avec des personnes en chair et en os, puisque chaque joueur s’est choisi un avatar personnalisé et qu’il communique avec ses adversaires. Plus convivial, le jeu y est aussi plus lent que sur d’autres sites. |

































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