Théâtre: Julie Beauvais, insaisissable metteur en scène

Née en Valais mais appelée pour des projets aux quatre coins du monde, Julie Beauvais a mis en scène Don Giovanni de Mozart à la Ferme-Asile de Sion...

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Par Valérie Fournier / Photo: © Eddy Mottaz, www.pixsil.com

 

Née en Valais mais appelée pour des projets aux quatre coins du monde, Julie Beauvais a mis en scène Don Giovanni de Mozart à la Ferme-Asile de Sion. Rencontre avec une insaisissable metteur en scène qui vient de poser ses valises à Chandolin.

 

Pour la reconnaître à la gare de Sion où elle est venue gentiment nous chercher, Julie Beauvais a dit qu’elle porterait un marcel blanc. C’est son vêtement fétiche été comme hiver, dessus ou dessus. «On en trouve partout à l’identique, le marcel est universel.» Pratique pour cette jeune metteure en scène qui a emmené sa compagnie au Brésil, en Mongolie et au Nicaragua, monte un opéra tous les deux ans à Sion, enseigne à Londres et s’apprête à partir six mois en résidence d’artiste à New York…

Elle nous embarque donc dans sa petite Toyota Rav4 bleue direction la Ferme-Asile pour un déjeuner sur l’herbe (la  terrasse a vraiment les pieds dans le gazon). L’occasion de rencontrer une partie de l’équipe qui travail sur Don Giovanni, l’opéra de Mozart joué dès le 25 août dans le grand espace de la grange attenant au restaurant. Les gradins viennent d’être montés, prêts à accueillir 300 spectateurs par soir. L’espace est modulable au gré des événements (il pourra, par exemple, caser 800 personnes pour le concert de Sophie Hunger en novembre). Une liberté que Julie Beauvais apprécie. «Techniquement, c’est plus compliqué, mais cela pousse aussi à trouver des solutions créatives!» Pour sa version de ce Don Giovanni, elle a imaginé une scénographie vaste, inspirée de l’artiste plasticienne Louise Bourgeois (décédée en mai). Des élastiques rouges strient l’espace, encombré de tables métalliques tandis que des images de l’enfance du héros sont projetées en Super-8.

A en perdre le nord

Rien n’effraie cette hyperactive née en Valais il y a trente-deux ans. Le goût de l’ailleurs lui a été donné par ses parents, une Belge et un Français, avec qui elle a vécu notamment en Afrique. Sa grand-mère voyageait aussi beaucoup. Mais sa formation a contribué également à cette ouverture au monde. «Dans l’école de théâtre que j’ai suivie à Paris, celle de Jacques Lecoq, il y avait trente nationalités, ce qui explique mon réseau assez étendu géographiquement. La pédagogie enseignée, en outre, pousse les gens à passer très vite au concret en multipliant les projets.» Pour y entrer, la jeune collégienne qu’elle était n’a pas hésité à «monter» à Paris en train pour taper à la porte et défendre son dossier alors qu’on l’avait jugée trop jeune dans un premier temps. Et ça a marché.

Trois ans plus tard, en 2001, elle fonde avec un camarade la compagnie Sprung Theatre à Chicago puis, en 2003, Les Mondes Contraires à Genève. Démarre alors sa période qu’elle appelle «anthropologique»: elle y défend un théâtre politique et social, par exemple en jouant du Brecht dans les favelas du Nordeste du Brésil et en Mongolie, ou en travaillant avec une troupe de comédiennes nicaraguayennes, un projet qu’elle a ensuite ramené à Genève, au Théâtre Saint-Gervais.

Depuis octobre dernier, elle a posé ses valises à Chandolin pour pouvoir se consacrer à ce troisième opéra monté à Sion avec Jean-Luc Follonier, directeur musical, après Les noces de Figaro et La bohème. «Quand on travaille beaucoup à l’étranger comme moi, c’est important d’avoir un endroit où se sentir chez soi… Ce sera mon but dans les prochaines années, aimer autant les points fixes que le mouvement!» Quand on évoque Chandolin, on pense tout de suite à Ella Maillart, qui y a fini sa vie. Une source d’inspiration? «Evidemment, sa présence est palpable dans le village et fait résonner les envies d’aventures, de découvertes, et aussi les besoins d’une autre sorte de voyage, plus vertical, plus intérieur. Chandolin permet de parcourir de grandes distances en soi-même et de faire le lien entre le tout petit et l’immense. Ella Maillart, comme son amie Annemarie Schwarzenbach, m’a inspirée comme tant d’autres femmes merveilleuses dont j’ai la chance d’être entourée dans ma vie de tous les jours.»

Un vrai tourbillon

En attendant de s’enraciner, elle s’envolera en janvier pour les Etats-Unis où elle assistera Robin Guarino au New York City Opera pour la mise en scène de Monodramas. Avant cela, elle fera des allers-retours à Chicago pour diriger sa nouvelle création avec Sprung Theatre qui tournera ensuite en Suisse. Infatigable, Julie Beauvais? «J’ai une nature fonceuse et je ne pense jamais au danger lorsque je me lance dans une aventure. C’est encore trop souvent que je réalise la folie de l’entreprise alors que je suis déjà au milieu de la tempête. Je ne dirai pas que c’est du courage…  Est il plus courageux d’escalader une montagne que de patiemment prendre soin de son jardin?»

A la table voisine, l’équipe «esthétique» échange croquis et photos de magazine pour décider des coiffures et du maquillage des personnages de Don Giovanni. Julie jette un œil amusé à ses collaboratrices: «Elles ont l’air de faire ça très bien, je suis contente parce que là, je dois reconnaître mon ignorance! J’apprécie mais je n’y connais rien. D’ailleurs, le challenge que l’équipe m’a lancé pour la première, c’est de venir en robe longue et hauts talons!» A vérifier le 25 août!


«Don Giovanni», de Wolfgang Amadeus Mozart, La Ferme-Asile, Sion, les mercredis, vendredis et dimanches du 25 août au 15 septembre, réservation www.ouverture-opera.ch, office du tourisme 027 327 77 27

 

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