Femme d'exception: Irréductible optimiste

Isabelle Bourgeois, journaliste et ex-déléguée au CICR, sera la seule Suissesse à faire la Marche mondiale pour la paix...

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Par Marie-Claude Martin / Photo: Cédric Widmer, www.cedricwidmer.ch

 

Isabelle Bourgeois et son chien.

Son journal en ligne ne diffuse que des infos positives! Isabelle Bourgeois, journaliste et ex-déléguée au CICR, refuse désormais le cynisme médiatique. Elle sera la seule Suissesse à faire la Marche mondiale pour la paix, un périple de trois mois couvrant 90 pays.

Quel accueil! Impossible de ne pas commencer par rendre hommage à la convivialité généreuse d’Isabelle Bourgeois.

Sa délicieuse fondue chinoise (ah, sa sauce à la coriandre!) et son cake au citron aérien ont su rapidement me faire oublier ce que je redoutais en venant la rejoindre en

Valais à Pinsec: non, le minuscule village du val d’Anniviers n’a rien d’une prison à l’eau. Accroché à la montagne depuis des siècles, ce hameau qui compte plus de

géraniums que d’habitants est le refuge de cette journaliste et voyageuse qui fera, dès octobre, la première Marche pour la paix et la non-violence. De la terrasse de son mazot racheté à un couple qui a choisi de le céder, non pas au plus offrant, mais au plus aimant, on voit Saint-Luc et Chandolin. La maîtresse des lieux rappelle que c’est dans le village le plus haut d’Europe, que l’exploratrice Ella Maillart a vécu de nombreuses années. La cadette loue

l’esprit d’ouverture de son aînée et cite Isaac Newton: «On construit tant de murs et si peu de ponts.»

 

Les mots pollen

Collectionneuse de petites phrases dont elle noircit son carnet, Isabelle Bourgeois cultive les aphorismes comme un jardinier son potager. Elle croit au pollen des mots et compte sur les 3000 abeilles qui visitent chaque jour son site www.planetepositive.org, pour réussir un miel médiatique différent des autres. Car son journal en ligne ne retient du monde que les informations positives. Un peu partiel, non? «Oui, mais pas plus que le catastrophisme! Comme si pour être sérieux, il fallait forcément témoigner du pire. Mais qu’est-ce qu’une nouvelle? Une rupture dans le cours habituel des choses. Elle peut être malheureuse ou signe d’espoir. Le cynisme passe pour être une lucidité, mais c’est une lucidité par omission. La réalité est bien plus contrastée.»

«L’hémiplégie journalistique» comme elle l’appelle, cette fille d’ambassadeur née à Washington en 1966 l’a éprouvée sur le terrain. Après avoir été journaliste freelance pour la presse écrite, la radio et la TV, elle s’engage au CICR en 1999, juste après son divorce avec un guide égyptien, dont elle était tombée follement amoureuse au pied du monastère Sainte-Catherine. De ses cinq ans passés au Caire, elle garde un souvenir lumineux et une bonne maîtrise de l’arabe. Plusieurs missions au Kosovo, en Iran, en Ethiopie et en Irak lui révèlent ce qu’elle pressentait: ce qu’elle entend à la télévision ne correspond pas à ce dont elle est le témoin: initiatives personnelles, héroïsme au quotidien, victoire sur la fatalité, démarches de paix, etc. Après sept ans passés au CICR, celle qui a «gagné sa vie sur la guerre, veut désormais la gagner sur la paix.»

Physique quantique

Même si elle passe pour une naïve, Isabelle Bourgeois n’en démord pas: elle croit en l’homme et en la pensée positive. Pourquoi un tel entêtement? Elle appelle Voltaire à la rescousse – «J’ai décidé d’être heureux parce que cela est meilleur pour la santé.» – et s’en réfère à la loi de l’attraction universelle selon laquelle, tout étant énergie, l’objet de nos pensées finit par se matérialiser. «Si vous êtes dans l’angoisse d’être cambriolé, vous le serez. A l’inverse, si votre esprit est habité par la recherche du beau et du bon, il ne sera pas déçu.» Un principe qui lui a permis de sortir de situations périlleuses quand elle était déléguée, et qui lui a valu l’attachement définitif d’un paysan de Pinsec du jour où elle lui fournit le secret contre les dartres des vaches. «C’est un guérisseur qui, n’ayant pas d’enfants, me l’a transmis lors d’un reportage. Une preuve de confiance inouïe. J’en étais flattée mais ne savais vraiment pas à quoi il pourrait me servir, moi, la citadine. Et pourtant, des années plus tard, son secret a sauvé un troupeau.»

 

2006
Isabelle Bourgeois fait partie des 18 candidats retenus pour participer à la Haute Route, de Chamonix à Zermatt, dans le cadre de l'émission
Passe-moi les jumelles.

 

2009
Son carnet noir de petites phrases positives qui ont le pouvoir de changer le monde, selon la loi de l'attraction universelle.

 

 

 

Chien de clochard

Elle détient aussi le secret du coupe-sang. Récemment, elle l’a testé sur son mari Jacques, photographe et formateur en cours de non-violence, rencontré il y a trois ans. C’est «son âme sœur», à cette différence qu’il n’est pas aussi sensible qu’elle aux charmes de Pinsec. «Il faut dire qu’il est assez fort, et que le raccard est tout petit», s’amuse Isabelle Bourgeois. Alors pour lui tenir compagnie, elle a un vieux griffon bâtard qu’elle a récupéré après la mort d’un clochard de Saint-Tropez. Elle l’a baptisé Ulysse et c’est lui qui jouera Pénélope pendant les trois mois où la randonneuse marchera pour la paix. But de ce périple? «C’est une démarche avant tout symbolique, et citoyenne. Il s’agit d’enclencher une énergie de paix et sensibiliser les populations à la non-violence. Un million de personnes y participeront physiquement, et dix millions virtuellement, en suivant le périple sur les différents sites.»

 

Maison d’édition

Ulysse restera chez son mari, à Cour-Cheverny, en Sologne, où Isabelle vit le reste de l’année. Ensemble, ils ont fondé une maison d’édition. C’est sous leur label qu’elle publiera à son retour Petite puce d’Atlantique part en voyage, un conte initiatique pour enfants, coécrit avec Henriette Bouvier, la sœur de Nicolas, et qu’elle a illustré. La puce atlantique, c’est le surnom qu’on lui donnait enfant, parce que ses cheveux longs et bouclés évoquaient les vagues de l’océan, et qu’elle ne tenait déjà pas en place. «Je ne suis pas faite pour la médiation tranquille. Je marche pour me recueillir. En Sologne, j’ai même tiré un câble entre deux arbres pour faire du funambulisme. La marche, c’est la prière des pieds.» Elle ne se souvient plus de celui qui a dit ça, fouille son petit carnet, se précipite sur Google et part d’un immense éclat de rire: «Je crois que je viens de l’inventer.»

 

Un événement relayé par 27 sites Internet

Née de l’initiative de l’organisation internationale Monde sans guerres, la Marche mondiale partira le 2 octobre à Wellington, en Nouvelle-Zélande, et se terminera à Punta de Vacas, en Argentine, le 2 janvier 2010. La manifestation fera également appel à tous les collectifs, partis, entreprises et organisations qui adhèrent à son esprit pour lancer des marches parallèles ou créer des animations (festivals de films, concerts, colloques, etc.) Mais ce projet, rendu possible par des dizaines de milliers de bénévoles et soutenu par plusieurs Prix Nobel de la paix, le dalaï-lama ou Penélope Cruz entre autres, a un prix, du moins pour ceux qui en seront le fil rouge. Car pour traverser 90 pays, il faut 44 trajets en train, 100 terrestres, 14 aériens et 25 fluviaux, sans compter l’hébergement. Addition pour chacun des 30 participants: 15 000 euros. Isabelle Bourgeois a cassé sa tirelire pour les 10 000 premiers, a reçu quelques dons via son site (www.planetpositive.org) et peut désormais compter sur un nouveau sponsor, le directeur et cofondateur d’Infomaniak, plate-forme d’hébergement. Le périple est à suivre en 27 langues sur différents sites nationaux (www.marchemondiale.fr). Vous pouvez le soutenir en versant un don sur le site www.theworldmarch.org.

 

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