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Amoureuse de littérature et de voyage, Clara Molloy traduit ses deux passions en parfums. Entre mémoire et émotion, sa marque MEMO, lancée voici deux ans, reflète la démarche de la Parisienne devenue genevoise.
On s’attend à ce qu’elle soit très sophistiquée, très soucieuse de son allure, comme le sont souvent les parfumeurs dits «de niche». Et non! Clara est la simplicité même. Jeune maman d’un charmant Bartholomé qui a l’âge de sa maison – moins de deux ans –, cette jolie brune au teint parfait ne se maquille guère, se déplace à pied, arpentant avec plaisir sa ville de cœur: Genève. Il y a plus de deux ans, elle a quitté Paris pour suivre son mari et se sent particulièrement bien dans la ville du bout du lac, appréciant le contact avec la nature. C’est ici qu’elle crée, avec Aliénor Massenet (nez reconnu auquel on doit Eclat de Jasmin et Antidote, en duo avec Pierre Wargnye), parfums et bougies pour MEMO, sa marque exclusive. Une création qui, toujours, débute par l’écriture puisque chaque fragrance a son story-board… Mais à lui seul, le parcours professionnel de Clara Molloy est une belle histoire! La jeune femme a débuté, à Paris, dans les années 90, dans le domaine de l’édition et la conception de suppléments de magazines. Un temps collaboratrice de Thierry Ardisson, le journaliste animateur français dont elle vante l’intelligence et la culture, elle décide, en 2007, d’éditer un livre consacré aux grands parfumeurs. Ce beau livre, 22 parfumeurs en création, lui donne alors le virus du parfum. Abandonnant l’édition, Clara, qui a des convictions mais n’a pas la prétention d’être un nez, s’associe avec Aliénor Massenet. Une nouvelle marque est née.
FEMINA Vos parfums sont souvent nés d’un voyage. Une fragrance traduit-elle toujours un lieu?
CLARA MOLLOY Je dirais plutôt une sensation liée à un lieu. Par exemple, Siwa est ma vision de la nuit dans le désert, une sorte de duvet, de fourrure, quelque chose de «couvrant» qui vous protège mais tient compte de la torpeur. Aliénor a fixé ce moment grâce à une vanille, sensuelle mais pas trop sucrée, surtout pas alimentaire. C’est ainsi que nous travaillons. Moi je compose un carnet de voyage avec des images, un récit, des photos, et elle propose des interprétations. Elle fait de nombreux essais. Nous cherchons beaucoup. Mais chacune a sa chasse gardée: moi je raconte les histoires, Aliénor se charge des formulations.
Raconter de belles histoires est un don…
J’ai une formation très littéraire. J’écris depuis toujours et j’ai un goût particulier pour la poésie. Les livres m’accompagnent. Je procède, par exemple, d’auteur à auteur: Henri Michaux qui a lu Supervielle qui a lu Mallarmé, et ainsi de suite. J’aime savoir ce que les gens que j’aime lisent. C’est pareil en peinture. Cela ouvre des portes. Vous aide à découvrir des choses auxquelles vous n’auriez pas pensé. Dans tous les cas, je note des impressions. Et nombre de mes parfums portent le nom de destinations: Siwa en Egypte, Inlé en Birmanie, Lalibela en Ethiopie…
D’où vous vient ce goût des voyages?
Nous sommes cosmopolites dans la famille. On vivait à Paris mais mes parents sont espagnols, et ils nous emmenaient souvent en voyage, les quatre enfants. Aujourd’hui encore, tous les prétextes sont bons pour lever l’ancre. Je peux rêver des heures devant des cartes. Cela me rassure de savoir que je pourrais partir si le besoin s’en fait sentir. Il m’est arrivé de voyager en fonction des climats, des vents. Si j’avais pu, au moment de l’éruption du volcan Eyjafjöll, en avril dernier, je serais partie en Islande!
Votre vie est devenue plus compliquée depuis que vous avez un fils?
Mon fils est un voyage à lui tout seul (elle rit). Nous l’avons adopté et sommes allés le chercher en Sibérie l’an dernier. J’ai profité de ce long périple pour ramener des histoires de glace et de froid… qui n’ont pas du tout inspiré Aliénor! Cela peut arriver. Sinon, dans la collection figurent deux parfums pour enfants, dont une version sans alcool pour les bébés. Jannat, c’est son nom (qui signifie le paradis indien), est d’ailleurs proposé avec un conte. C’est un parfum aux odeurs de rose, néroli, petitgrain, pour exprimer un petit côté régressif, et aussi de la fleur de frangipane qui reste sur la peau. D’une manière générale, nos parfums n’ont pas de sexe.
Difficile de se développer dans un marché déjà saturé?
Non. Il suffit d’offrir des choses différentes. Un parfum de niche se doit de «diffuser». Aucun rapport avec de la lourdeur! Certaines femmes n’ont pas envie du tout de retrouver leur parfum sur quelqu’un d’autre. On est dans l’intime, l’inconscient. Et il faut être sélectif. Nous nous concentrons sur l’Europe, via internet et quelques points de vente comme Au Bon Marché à Paris, chez Harvey Nichols à Londres, Théodora à Genève et Oswald à Zurich.
Quelques grands moments liés à des senteurs?
Indéniablement le bord de mer à Barcelone, l’odeur des pins, du sel, de l’été. Une senteur verte et la mer. Mais je ne m’y suis pas attaquée. Je n’arrive pas à un accord qui restitue tout ça et je n’aime pas trop les notes océanes.
Et mettre Genève en flacon?
Non. Je recherche plutôt des lieux rares sur lesquels on ne peut pas coller d’emblée une image. Genève, vous allez voir un drapeau, du chocolat… Mais ce serait pareil avec n’importe quelle capitale.
Olfactivement mémorable aussi la rencontre avec votre mari?
Il portait KenzoAir de Maurice Roucel. Une très belle odeur, novatrice pour l’époque avec une part de féminité. On s’est connus en 2004 sur une piste de ski en Suisse. Comme il est irlandais, le ski n’était pas son fort. Il tombait souvent et il m’a fait tomber amoureuse (rires). Un vrai coup de foudre. Nous nous sommes mariés un an plus tard. Aujourd’hui, le KenzoAir n’existe plus, et mon mari est devenu fidèle à Moon Safari, un vetiver, le seul parfum MEMO identifié masculin.
Avez-vous des références? Des odeurs mythiques?
Féminité du Bois de Serge Lutens, une vraie révélation. L’eau Parfumée au Thé Vert de Jean-Claude Ellena pour Bulgari, Mitsouko de Guerlain, Le Bois Farine de l’Artisan Parfumeur aussi… Et Shalimar, le parfum de ma mère.



































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