Dossiers
15 ans, c’est l’âge d’or des échappées belles loin des parents, l’âge des premières fois, l’âge où tout se rêve. Principalement au moment des vacances. Sept personnalités romandes se souviennent de cet été pas tout à fait comme les autres.
Souvenez-vous de l’été de vos 15 ans: le changement est là, encore petit, mais au détour d’un été, on se sent soudain différent. Faut que ça vibre, faut que ça pleure, faut montrer qui c’est le chef (nous en l’occurrence!). On est juste au début de son histoire, au début de soi-même et on se teste. On se cherche dans les yeux des copains, on attend qu’il se passe un truc, on ne sait pas encore quoi mais, sûr, ça va arriver. Ça se ressent au fond des tripes, ces choses-là. Le monde des adultes, on l’observe encore de loin. On l’imagine comme un monde de contraintes auquel on est certain d’échapper. Du moins pour l’instant. Parce que, pour l’heure, on vit au présent, et toutes ces émotions ressenties sont autant de minidrames ou de petites comédies qu’on se joue à soi-même… Et puis, au fond avouons-le, c’est la première fois ou la non première fois qui fait douter.
15 ans, c’est aussi et surtout le temps des voyages sans les parents, des premiers pas vers l’autonomie. On se rend compte qu’il y a une vie en dehors du quartier. On se dit qu’il serait bon de goûter aux plaisirs de l’indépendance.
Se prêtant au jeu des confidences, sept Romands célèbres nous font partager un moment de leur adolescence, des souvenirs estivaux, entre découverte et quête d’identité – le moment magique où ils se sont affranchis de l’enfance.
Babette Keller«Je suis devenue adulte en parcourant le globe»«L’année de mes 17 ans, j’ai rencontré l’homme de ma vie. Il m’a proposé de partir avec lui, l’été, pour faire un voyage à bord du Transsibérien. Notre première étape était Moscou. J’y ai vécu ma première cuite à la vodka! Nous avons pris le Transsibérien, le lendemain matin, encore fortement alcoolisés. On avait peu de bagages, j’avais juste mon walkman, une bouteille de Coca, mes papiers, deux ou trois affaires et une bible. Mais les militaires russes ont tout inspecté, jusque dans les détails: ils ont vidé ma bouteille, écouté ma musique et fouillé à l’intérieur de ma bible. Je n’en ai pas gardé un très bon souvenir! Plus tard, nous avons débarqué à Pékin, prêts pour un périple sac à dos. En Chine, par contre, c’était que du bonheur. Je me souviens d’une atmosphère particulièrement chaleureuse, des enfants qui riaient et des couleurs chatoyantes. Tout ça contrastait avec une Russie beaucoup plus austère. Ce voyage a constitué pour moi une exploration culinaire, philosophique, une découverte d’odeurs, de senteurs… mais aussi de pauvreté. C’est là que je suis devenue adulte.» |
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Polar«Je rêvais alors d’être champion d’athlétisme»«Fin juin 1987, j’ai eu la chance de me rendre au concert de U2 à Bâle. Les voir sur scène représentait énormément de choses pour moi. D’autant que je m’étais vraiment identifié à eux: ils symbolisaient, à mes yeux, l’Irlande, pays d’où vient ma mère et où j’ai passé une partie de mon enfance. Ce moment incroyable m’a particulièrement marqué car j’avais peu de temps pour profiter de ma vie d’ado. A cette époque, je pratiquais l’athlétisme à un haut niveau. Je portais beaucoup de responsabilités sur mes épaules et ce n’était pas toujours évident. Mon entraîneur et les gens qui m’entouraient comptaient sur mes performances. Quelques jours après, en juillet, je suis parti en Irlande pour m’entraîner sur des pistes complètement archaïques. Sur cette terre battue, j’avais l’impression de revivre les courses du début du siècle! A 15?ans, mon rêve était de devenir champion d’athlétisme. Je ne me rendais pas encore compte de ce qui m’attendait. Trois à quatre mois plus tard, j’ai eu un grave accident et j’ai pris conscience de certaines choses qui ont changé ma vie.» |
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Fathi Derder«J’observais comment mon frère draguait les filles»«Cet été-là, c’était les dernières vacances passées en famille avec mes deux frères, tout deux plus âgés que moi. Nous étions allés en Toscane, au bord de la mer. Je me suis vraiment amusé. Il y avait, en plus, une certaine effervescence dans l’air: on était en 1986 et on parlait, à ce moment-là, énormément de la Coupe du monde de foot marquée par le but exceptionnel de Maradona. Nous débattions pour savoir si son fameux but avec la main était un exploit ou une tricherie. En fan de foot, il était normal que je suive ça de très près. Ça reste un moment particulier. A ce moment-là, j’avais des relations très complices avec mes frangins.?Ceux-ci ne m’ont jamais exclu parce que j’étais le plus jeune. Je passais l’essentiel de mes journées avec eux; par contre, on ne s’intégrait pas forcément à d’autres bandes. Il y a quelque chose qui m’a particulièrement impressionné, cet été-là, c’est mon grand frère: lui allait draguer les filles, moi pas. Il avait une assurance auprès d’elles qui m’était étrangère. Il ne me faisait pas vraiment de confidences sur ce qu’il vivait, mais j’observais et je me disais que ça pouvait être une bonne manière de recueillir ainsi des informations pratiques!» |
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Jérémie Kisling«L'été de mes quinze ans»L’été de mes quinze ans est resté très spécial à mes yeux. Tout d’abord parce qu’en fait, j’en avais 17, mais c’est pas de ma faute si j’ai pris du retard: les excès de mon enfance, trop de ping-pong, trop de foot, avaient ruiné une ou deux de mes années prépubères. Bon, mais c’était surtout l’année de mon premier voyage avec mes copains. On partait à l’aventure: Stockholm! La grande aventure. Blonde en plus. C’était un temps où l’on n’avait pas besoin de se parler entre mecs, surtout pas pour dire qu’on s’aimait bien ou même émettre notre contentement d’être des copains; justement, on n’était pas des copines, voilà tout. Nous cohabitions donc dans la fierté tacite d’être ensemble, presque mâles sous les duvets, presque poètes sur les guitares, presque philosophes au bout des cigarettes. Quatre chouettes copains. Alors, une fille débarqua. Une Suédo-suissesse, Suissodéesse… Un truc suave en tout cas. On était quatre copains, mais soudain plus tout à fait les mêmes. D’habitude à l’opposé de nos camarades dragueurs et avertis, il faut dire qu’en ce jour d’été 1993, nous fûmes fascinés par cette chose, là, qui se promenait avec une odeur, des cheveux, et ces quelques formes qui contrariaient son tee-shirt de garçon manqué. Moi je ne comprenais rien de rien aux filles, mais Dieu que j’étais intrigué par ce monde supplémentaire. Bon maintenant que je vous parle, je ne les comprends toujours pas, en revanche, elles m’intriguent un peu moins. Bref, une fille était tombée là, au milieu de nous, à la croisée des parallèles et les enjeux avaient doucement mais diablement changé. Irrémédiablement. Les coups de poing à l’amiable et à l’épaule se faisaient plus appuyés, les chants plus sonores, les airs plus inspirés. Imperceptiblement. Mais juste assez pour qu’on s’en souvienne. De cet été qui nous vit mûrir. Innocence évaporée au soleil. Reste sur ma peau un sel un peu amer et marin, que je respire encore parfois pour ne pas oublier comment c’était, l’adolescence. |
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Yasmine Char«L’insouciance N’était pas au rendez-vous»«Sur cette photo, j’ai l’air franchement heureuse. Pourtant, ce n’était pas le temps de l’insouciance. Cet été-là, je me trouvais à la montagne au Liban, car on fuyait la guerre et les bombardements de Beyrouth. Il y avait une ambiance de gravité dans la famille que nous, les enfants, ressentions. Livrés à nous-mêmes, nous étions un peu sauvages. Ce n’était pas une période très drôle, on s’ennuyait un peu. Il nous arrivait parfois de courir après des éclats d’obus. Dans la maison à côté de chez nous, se trouvaient un garçon et une fille. Leur père arabe nous parlait des Emirats, tandis que leur mère américaine nous préparait des muffins. Je me souviens que leurs récits me fascinaient. Nos autres voisins étaient exactement l’opposé: une famille libanaise plutôt pas très recommandable. C’étaient des sortes de seigneurs de guerre qui paradaient en Range Rover et mitraillettes à la main.» |
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Blaise Hofmann«Dépucelage du voyage au Bénin»«De bons potes du même âge, 17 ans, et un aumônier de gymnase plutôt détendu qui atterrissent dans le petit village béninois de Za-Tanta avec pour objectif (pour prétexte) de réparer le toit d’un dispensaire: plutôt inoubliable comme premier voyage. Pas certain, par contre, d’avoir fait avancer le schmilblick de la compréhension réciproque. En nous voyant, les jeunes Béninois devaient penser que tous les hommes blancs se promenaient avec un chapeau ridicule sur la tête et une gourde autour du cou! Je suis sûr pourtant que ces trois semaines à Za-Tanta, près de Bohicon, ont constitué pour moi un dépucelage du voyage. C’était à la fois un mélange de joie (chants, danses, overdose de mangues, pluies tièdes, soleil immense, taxis-motos, etc.) et de moments d’abattement. En effet, par la suite, les idéalistes que nous étions devenus ont été un peu surpris par les courriers de nos nouveaux amis béninois qui nous demandaient de leur envoyer des bicyclettes, photos du véhicule désiré à l’appui.» |
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Hélène Bruller«Je jouais les mini-Che Guevara un peu nombrilistes»«A cette époque, j’allais chez ma grand-mère au début des vacances et je les poursuivais, ensuite, au bord de la mer. Chez elle, je m’isolais souvent avec mon walkman. J’avais tout loisir de créer mon espace de solitude où je n’étais plus en représentation. Il m’arrivait même de me barricader dans ma chambre. J’avoue que j’étais une adolescente rebelle, particulièrement en colère contre toute obligation. A mes yeux, tout était ringard, particulièrement mes parents. Et je concoctais des scénarios pour les emmerder. C’était mon côté mini-Che Guevara un peu nombriliste. Je me souviens être arrivée à un mariage la tête rasée façon punk. A la campagne, je peux vous dire que ça choque! Mettre la musique à fond, refuser de me lever ou de venir manger incarnait, à mes yeux, des actes de résistance. Au bord de la mer, à Saint-Jean-de-Luz, je me faisais carrément chier à la plage. La solution: m’arrêter en chemin pour renouveler ma carte de biblio. Avec un Astérix ou un Tintin à lire, j’acceptais de rester toute l’après-midi sur le sable.» |
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