Pourquoi «bien manger» n’égale pas santé?

Il n’y a pas d’aliments sains ou nocifs, la recette de la (bonne) forme, c’est de bouger. Voilà la thèse du chercheur Paolo Colombani dans un livre qui réhabilite même… les graisses!

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Par Anne Kauffmann

 

Il n’y a pas d’aliments sains ou nocifs, la recette de la (bonne) forme, c’est de bouger. Voilà la thèse du chercheur Paolo Colombani dans un livre qui réhabilite même… les graisses!

 

FEMINA Si la santé ne se trouve pas dans l’assiette, où est-elle donc?

PAOLO COLOMBANI Dans le mouvement. Bouger active notre métabolisme et c’est ça la véritable recette pour rester en bonne santé. Mais il n’y a pas besoin de s’imposer un entraînement d’athlète pour y arriver. Tout ce qui augmente nos fréquences cardiaque et respiratoire fait l’affaire comme, par exemple, marcher rapidement, nager ou faire du vélo. Dans l’idéal, il faudrait pratiquer ce genre d’exercice chaque jour, pendant une demi-heure, de préférence en plein air.

Et si on bouge, on peut manger de tout?

Oui, il n’y a aucune raison de s’interdire tel ou tel aliment pour des raisons de santé. Il vaut mieux, quand même, si on le peut, préférer les  produits les plus naturels possibles, ceux qui sont le moins raffinés. Et limiter le recours à la nourriture industrielle. L’essentiel, c’est la variété de ce que l’on mange et garder la mesure. Sans oublier, évidemment, le plaisir. On a trop longtemps fonctionné en classant les aliments. Il y avait ceux qu’il fallait manger et ceux qu’il ne fallait pas manger. Mais la réalité est beaucoup plus complexe, comme les aliments, comme le fonctionnement de notre corps et la manière dont tout cela interagit ensemble.

Est-ce qu’il faut même oublier les vitamines et les compléments alimentaires?

Si l’on n’est pas malade ou que l’on ne souffre pas d’une carence anormale, bien sûr! Arrêtons de tout décortiquer. Un aliment, c’est un tout et le tout est bien plus que la somme de ses éléments. Ne pas en tenir compte, se focaliser sur tel ou tel composant et ses effets supposés sur l’organe X ou Y ou sur une fonction particulière, c’est réducteur et inexact. Manger une orange, c’est absorber bien plus de choses que de la vitamine C! Prenez le café: si on ne tient compte que de la caféine, on va conclure que le café n’est pas sain. Mais le café contient aussi des fibres qui sont bonnes pour la digestion!

Est-ce la raison pour laquelle vous dénoncez la chasse aux graisses?

Exactement. La plus grande erreur dans le domaine de la nutrition, c’est la peur des graisses qui date des années 50. A partir de là, on les a accusées d’être responsables des maladies vasculaires et du surpoids sur la base de simples convictions. Des chercheurs avaient bien émis des doutes, demandé des preuves, mais ils n’ont pas été écoutés.

Qu’est-ce qui permet maintenant de leur donner raison?

Le fait qu’on commence enfin à se pencher de manière scientifique sur les recommandations alimentaires. J’ai analysé trois études qui passent  au crible des centaines de travaux sur les conséquences néfastes de l’absorption des graisses. Résultat: le lien de cause à effet n’y apparaît pas. Tout simplement parce qu’il n’existe pas. Le danger des graisses, c’était un mythe!

 

Bio Express

Expert en nutrition, Paolo Colombani enseigne à l’EPFZ et à l’Université de Zurich. Il publie «Fette Irrtümer» (Grasses erreurs), un ouvrage de vulgarisation qui dénonce les mythes entourant l’alimentation, aux éditions Orell Füssli.

 

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