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La santé et la beauté en gélules, on voudrait toutes y croire. Pas facile, pourtant, de faire la part entre l’utile et le superflu! Pour aider à y voir plus clair, le nutritionniste Jacques Fricker publie un guide.
Corn Flakes vitaminés, yaourts au bifidus, lait enrichi de calcium… Il devient difficile de faire son shopping au supermarché sans être sollicitée en permanence par des produits enrichis en compléments alimentaires. Sans compter les nombreux rayons consacrés aux gélules et comprimés de tout poil, y compris ceux qui donnent du tonus, font maigrir ou facilitent le bronzage. Nutritionniste, le Dr. Jacques Fricker vient d’écrire en collaboration avec le professeur de biochimie Luc Cynober La vérité sur les compléments alimentaires
FEMINA Jacques Fricker, est-ce que vous prenez des compléments alimentaires?
JACQUES FRICKER Non, car j’ai une alimentation équilibrée.
On peut donc s’en passer si on est en bonne santé et qu’on mange varié?
En règle générale oui, mais il y a toujours des cas particuliers. A titre d’exemple, une femme qui porte un stérilet, avec pour conséquence des règles abondantes, aura avantage à prendre un supplément de fer. Mais pas n’importe comment, car un excédent de fer peut être toxique. Il faut qu’elle en parle avec son médecin, qui pourra éventuellement effectuer un dosage sanguin pour évaluer ses besoins avec précision. Un supplément en fer peut aussi être recommandé à une femme qui mange peu de viande et se sent fatiguée.
Dans les grandes surfaces, les multivitamines et autres compléments alimentaires se vendent comme des bonbons. N’y a-t-il pas un risque de surdosage?
Les polyvitamines ne présentent pas grand risque si on les consomme isolément et qu’on respecte les doses indiquées sur l’emballage. Elles sont surtout utiles si l’on mange peu de fruits et de légumes. Un danger existe cependant si l’on absorbe du fer en plus des multivitamines. La dose de fer risque d’être excessive et d’attaquer le foie. Parmi les suppléments utiles ponctuellement, on peut citer la vitamine D à prendre en hiver, le magnésium pour les femmes qui se sentent nerveuses et mangent peu de légumes secs, ou les omega 3 pour celles qui consomment peu de poissons gras et d’huile de colza.
La prise de vitamines compense-t-elle le fait de manger peu de fruits et légumes?
Non, ce serait une erreur de le croire, car la composition complexe des produits frais apporte beaucoup plus à l’organisme qu’une simple teneur en vitamines.
De nombreuses publicités vantent des gélules censées garantir une perte de poids, une peau plus belle ou un meilleur tonus. Peut-on leur faire confiance?
Le plus sage est d’en parler avec son médecin et de ne jamais prendre de mégadoses. Mais surtout, il faut absolument éviter d’acheter les produits sur internet, car les dosages indiqués correspondent rarement à la réalité. Certains compléments censés faire maigrir contiennent en réalité des amphétamines, dont les effets sur la santé peuvent être catastrophiques. Ces gélules sont très chères et l’on est souvent déçu par le résultat, ou même gêné dans sa santé.

Il y a aussi toutes les plantes vendues comme compléments alimentaires. Sont-elles préférables aux préparations plus complexes proposées par les grandes firmes pharmaceutiques?
Les plantes ne sont pas une garantie d’innocuité. La spiruline, par exemple, qui est consommée comme coupe-faim ou comme source de protéines par les personnes observant un régime végétarien, est dangereuse. Il faut absolument éviter d’en consommer. En effet, elle contient une anti-vitamine anormale qui provoque une carence en vitamine B12, vitamine indispensable dans la formation des globules rouges et du bon fonctionnement du système nerveux. Sa consommation régulière peut provoquer, entre autres, de l’anémie.
De plus en plus de produits alimentaires sont enrichis en vitamines, en minéraux ou en probiotiques. N’est-ce pas un concept de marketing dont l’objectif est de les vendre plus cher?
Ce sont toujours des opérations de marketing. Personnellement je suis plutôt opposé aux suppléments qu’on ajoute dans les produits d’alimentation courante. Il existe un certain risque de surdosage chez les personnes qui absorbent déjà des compléments vitaminiques. Quant aux probiotiques tant vantés, ils ne jouent pas un rôle majeur dans le traitement des troubles gastriques.
Peut-il être dangereux de prendre des compléments alimentaires lorsqu’on est sous traitement médicamenteux?
Dans certains cas, oui. Certains suppléments peuvent gêner l’action des anticoagulants, par exemple. Même si l’on prend un seul médicament, il est important d’en parler à son médecin lors de sa prochaine visite.
Comment expliquez-vous le boom des gélules?
Par la loi du moindre effort. Les gens se disent qu’ils n’ont plus besoin de se préoccuper de la qualité de leur alimentation, puisqu’ils absorbent suffisamment de vitamines ou de minéraux. C’est une grave erreur, car rien ne remplace les fruits, les légumes et autres produits du marché. Une autre explication au succès rencontré par les compléments alimentaires, c’est l’envie de croire à l’effet magique d’un produit. Mais le produit miracle n’existe pas ...
Une autre façon de perdre du poids
Médecin nutritionniste à l’Hôpital Bichat à Paris, le Dr Jacques Fricker a écrit de nombreux ouvrages, y compris des livres de recettes. Le secret de sa méthode: concilier minceur et gourmandise, en aidant chacun à composer des menus correspondant à ses goûts et à son mode de vie.
La vérité sur les compléments alimentaires, Jacques Fricker et Luc Cynober (Ed. Odile Jacob), en vente dès la mi-février.























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