Merci les papas

C’est donc une célèbre chroniqueuse anglaise du nom d’India Knight, une fille pleine de faconde. Chaque semaine, elle décrit, dans le Sunday Times, le monde tel qu’il cahote et s’égare. Or là – stupeur & blasphème! – elle se fend d’un essai de déprime féministe. Elle y raconte les supermamans, superpros, supertout, au bord de la crise de nerfs et les mères au foyer guère mieux loties. Et elle pose cette question iconoclaste (bouchez-vous le nez, ça ne sent pas bon): et si nos filles avaient avantage à épouser un bon parti bien nanti? Elle n’auraient ainsi plus besoin de se soucier pognon et pourraient prendre une petite génération pour s’inventer un autre modèle de vie. On va dire que c’est de l’humour British. Reste le malaise…

Du coup, nous avons interrogé quelques-unes de nos superwomen locales, pour voir si elles aussi étaient minées par le doute. Fête! Elles ne le sont pas. Plusieurs raisons à cela: le tissu économique suisse est fait de petites entreprises, souples dans l’organisation et proches géographiqument. Rares sont celles d’entre nous qui, comme les Top Guns de la City, se coltinent trois heures de train et métro par jour. Et la Suisse est un haut lieu du travail à temps partiel – on reconnaît là la tradition nationale du moitié-moitié. Mais surtout, la culture familiale demeure forte. Car que faut-il pour éviter une mère excédée, débordée, accablée? Il faut un père. Séparé ou lié, peu importe, pourvu qu’il soit présent pour ses enfants, qu’il charrie, lui aussi, sa moitié de responsabilités. Et là, disons-le, les pères suisses assurent plutôt bien. Qu’ils soient ici officiellement remerciés de cette contribution au bonheur collectif. Peut-être que leurs fils ne seront pas obligés de gagner des millions avant de tomber amoureux.

Éditorial du Femina du dimanche 18 avril 2010


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