Mardi matin, alors que la ville frissonnait sous la grisaille, j’ai été m’aérer les yeux: des sapins dentelés de poudreuse se découpaient sur un ciel tellement bleu qu’on l’aurait dit en toc et, plus bas, direction la plaine, une mer de nuages étirait ses remous sombres. Cervin? Mont-Rose? Jungfrau? Pas du tout! Malgré les tentations du grand air, je n’ai pas pu courber ma journée à l’ordinateur et j’ai simplement été faire un tour sur la webcam… des Rasses. Avec ses 1150 mètres d’altitude et ses quatre téléskis à peine ouverts, le balcon du Jura n’a pas de quoi faire le malin face aux grandes stations de montagne prestigieuses, comme Crans ou Verbier. Pourtant, j’avais furieusement envie d’être là-bas pour de vrai, dans cette blancheur que l’on sent crissante sous les pas.
A l’heure où les aéroports s’empêtrent dans les grèves et les contrôles de sécurité, à l’heure où chaque trajet se jauge en valeur carbone et où la moindre escapade familiale creuse un précipice dans le budget, le Jura apparaît soudain comme une alternative parfaitement dépaysante. A une heure de voiture de partout en Suisse romande, qui dit mieux?
Bon, je vais être honnête: je n’irais pas skier là-bas. Mes enfants comme moi avons passé l’âge du faux plat. Mais j’y ai mes itinéraires en fond, parfois en balade, qui longent la forêt en jouant sur les clairs-obscurs, dans cette ambiance unique de Reine des Glaces. Nulle part ailleurs, le silence n’a cette limpidité de glaçon qui tinte. Nulle part ailleurs, le paysage ne suit ces vallonnements rassurants qui adoucissent les humeurs.
Et dans un registre plus trivial, ma balance n’aime pas, mais le vacherin Mont-d’Or au four, est aussi un argument de poids.
Éditorial du Femina du dimanche 17 janvier 2010













Publier un nouveau commentaire