Quoi? Des jambes nues! C’est de la révolution esthétique! Tout juste si l’on n’écarquille pas les yeux, comme surpris de l’indécence, face à toutes ces gambettes rosées, cuivrées, caféolaitées qui, dans les catalogues et sur les podiums de mode, émergent des jolies jupettes. Fort longtemps que l’on n’avait plus vu de jambes en simple appareil, à peine gainées d’un voile couleur chair… Depuis de mornes saisons, règne le collant opaque et le jean slim. Or ce printemps, frémissement dans l’air: gloire à la jambe au naturel, aux jupes en pagaille.
J’applaudis particulièrement le retour de la jupe crayon, cette incarnation de l’éternel féminin, qui souligne tant la taille que les courbes qu’il peut y avoir au-dessus et au-dessous. C’est là le seul vêtement qui fait ressembler chaque femme à une bouteille de Coca-Cola (et que les persifleurs ne pensent même pas à la canette! Non, je parle de la bouteille mythique, à contours). C’est drôle d’ailleurs à quel point cette silhouette sinueuse détonne dans nos rues, où les ados portent des survêtements unisexes et des chemises de bûcherons, tandis que les adultes adoptent le même denim pour tous. Dans ce contexte, Isabelle Adjani en appelle au militantisme de la féminité: «Je suis fière d’être en jupe devant vous ce soir», a-t-elle lancé, il y a dix jours, en acceptant son Globe pour la meilleure prestation d’actrice. Son film, «La journée de la jupe» n’est pas sorti en Suisse (filez le louer!) mais il raconte la résistance d’une prof qui refuse de se camoufler dans une école dite difficile. La jupe comme manifeste antiburqa, comme refus de l’obscurantisme. La polémique est sans doute moins urgente en Suisse, mais toute de même: qu’elle est belle, la femme qui ose ses formes.
Éditorial du Femina du dimanche 21 février 2010













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