Envie de plein ou de vide?

Dans l’esthétique carte postale, les vacances se déclinent en camaïeux de bleus, avec des jeux de miroirs entre l’eau et le ciel. Message subliminal: je flotte en plein vide, les pieds dans le vague, la tête dans les nuages, je procrastine entre parenthèses. Et c’est d’ailleurs en cette vacance (justement!) qu’a longtemps résidé l’intérêt des jours de congé: on fait provision de néant pour mieux accepter le trop-plein du reste de l’an.

Or, cette conception-là des vacances est en train de changer de manière spectaculaire. Voyez les propositions des agences de voyages et des sites Internet: se prélasser en chaise longue avec un bon bouquin est pratiquement devenu indécent. Aujourd’hui, il faut bouger, découvrir, apprendre, se dépasser… Zut! Même hors boulot, il s’agirait donc de continuer à performer?

On peut postuler que nous sommes tous devenus des junkies de l’hyperactivité, terrifiés à chaque seconde gaspillée. Mais peut être le phénomène s’explique-t-il autrement. Comparé à la démultiplication de stages de yoga, de cours d’aquarelle, de traversée des Carpates à pied, d’initiations à des cuisines inédites, le farniente a piètre allure. Plus du tout envie…

C’est sans doute que, en période de doute économique, le quotidien des entreprises perd soudain en attrait et l’on réalise – ô panique! ô stupéfaction! – que le travail ne donne pas toujours du sens à la vie. Ah ben tiens… Et les jeux des vides et des trop pleins s’inversent: on aspire, en vacances, à se remplir d’émotions, à s’enrichir d’énergies positives. Quête de plénitude pour supporter la vacuité du reste.

Je vous déprime? Allons, oubliez ce que je viens d’écrire, on va dire que c’était pour rire. Joyeuse préparation de vacances à toutes!

 

Éditorial du Femina du dimanche 21 mars 2010


Consulter l'édition électronique dès dimanche

Publier un nouveau commentaire