Doigts dans le plat

Quand le thermomètre chute, quand il fait nuit à l’heure du thé, quand la bourse n’en mène pas large (ni l’officielle, ni celle qu’on a en poche), que reste-t-il des petits plaisirs de la vie? Hé bien, la nourriture pardi!

Mais pas n’importe laquelle. L’équivalent alimentaire de l’envie de se pelotonner, c’est le grand plat réconfortant, bien chaud, à poser au milieu de la table et à partager avec ceux que l’on aime. Dans ces moments-là, foin de sushis, de chichis, de verrines et autres préciosités en bouchées fines, il faut du vrai, du solide, du généreux. On imagine alors un couscous bien garni, où l’on chipe discretos une merguez pendant que les autres ne regardent pas. Ou alors un pot-au-feu façon grand-maman? Facile! Voilà de grands classiques familiaux dont regorgent les livres de recettes.

Il y a pourtant moyen de mitonner plus malin, plus insolite, plus personnel. Les grands cuisiniers l’ont bien compris, eux qui prônent les joies de la bistronomie, ce mariage heureux entre simplicité de bistrot et créativité gastronomique. Le même état d’esprit vaut aussi pour nos cuisines maison (essayez les suggestions de notre gourmette favorite, Manuella Magnin, en page 16 de notre édition électronique de ce dimanche). Personnellement, je suis une grande adepte de ce type de recettes: elles se font en un tournemain, mijotent tranquille, toutes seules comme de grandes filles, pendant que l’assemblée pioche dans les cacahuètes (sans savoir encore que c’est dommage de se couper l’appétit) et à la première fourchetée, tiens, mmmh, cette petite saveur inhabituelle qui fait toute la différence. Une pointe de chocolat, quelques baies de canneberge, une esquisse d’abricot. Chiche que vos invités ne résisteront pas et tremperont un doigt dans la sauce.

 

 

 

Éditorial du Femina du dimanche 10 janvier 2010


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