Courir, simplement

La bonne nouvelle du moment: il est possible de se maintenir en forme avec des gestes tout simples. Des exemples? On s’étire en allongeant la jambe sur le dossier d’un banc public. On profite d’un coin d’herbe (vérifier l’absence de crottes canines au préalable!) pour quelques abdominaux. On monte à toute vitesse les vieux escaliers en pierre du centre-ville et, si l’on est d’humeur espiègle, on se les fait en sautant sur un pied. Evident? Pas tant que cela! Pour que la discipline prenne, encore lui faut-il une dénomination sérieuse et tendance. C’est chose faite avec l’avènement de l’urban training.

Ces dernières années ont développé une vision hautement technologique de la condition physique. Il fallait la cultiver scientifiquement en salle spécialisée, à grand renfort de machines à réglage digital, genre Power-Plate. Ou, dernière foucade en date, l’aquaspinning: il s’agit d’un vélo fixe immergé en piscine et ce pédalage mouillé vous active le rythme cardiaque tout en favorisant l’hydromassage. Soit…

Est-ce par réaction? Toujours est-il que, comme monsieur Jourdain faisait de la prose sans s’en rendre compte, nous redécouvrons ces temps des mouvements de base, que l’on a toujours su faire sauf qu’on avait un peu arrêté. Evidemment, la chose est plus tentante quand elle porte un nom à consonance anglo-saxonne, comme le confirment les as du marketing. Ainsi «urban training» sonne autrement plus pro que la bonne vieille «gym» et jamais autant de monde n’a pratiqué le «running» – vous savez, cette discipline qui consiste à se déplacer rapidement en mettant un pied devant l’autre. Mais foin d’ironie: ce sport-là est facile, pas cher, bon pour tout, alors hop, qu’est-ce qu’on attend pour se bouger?

 

Éditorial du Femina du dimanche 11 avril 2010


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