Trois kilos et deux cents grammes. Voici, très exactement, ce que mon épaule gauche charrie depuis trente ans. «Des briques que tu transportes dans ton sac à main?» me demande l’Homme, quand par mégarde il soulève l’objet. Meuh non, juste l’indispensable féminin: un agenda bourré de photos, des pastilles à la verveine, une collection de cartes de fidélité de supermarchés, un parapluie pliable, Les Fleurs du Mal en poche, au cas où… Ce genre de choses. Je n’ai pas trouvé de sèche-cheveux assez compact compléter la liste, mais à cette exception près, je me sens parée pour affronter le monde et ses imprévus.
Et voilà que l’une des déesses de la hype, Carine Roitfeld, rédactrice en chef de Vogue France, lâche du bout de ses lèvres élégamment fardées nude que vraiment, non, un sac c’est trop encombrant. Et elle sort en sublime liberté, dos droit et mains disponibles.
La traîtresse! C’est toute une histoire de la féminité qu’elle balance ainsi, rejoignant les rangs d’une virilité légère et conquérante. Le minimum de base, c’est facile: un mobile, une carte de crédit, la clé de la maison. Chacune, effectivement, peut survivre dans la jungle urbaine avec cet équipement, glissé (comme le font les garçons) dans une poche ou sécurisé (comme ne le font pas les garçons) dans un bonnet du soutien-gorge. Sauf qu’il faudrait, pour cela, surmonter notre angoisse atavique: peur de ne pas être à la hauteur, de ne pas assurer en mère prévoyante, de ne pas séduire. Avoir simplement confiance en l’avenir? Courage, Carine le fait.
P.S.: Chers Vous, ce billet est mon dernier dans Femina, car je me lance dans de nouvelles aventures (en serez-vous aussi?). Vous avoir pour lectrice, pour lecteur, a été un cadeau chaque semaine.
Éditorial du Femina du dimanche 2 mai 2010













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