Ce traître de miroir

Rien n’est plus cruel que le miroir de la salle de bains, un lendemain d’hier: trop mangé, pas assez dormi, les plis de l’oreiller imprimés sur la joue, la fesse triste et la masse tremblante de la zone abdominale qui déborde du pantalon de pyjama. Solitude… Peut-il y avoir pire moment en matière d’estime de soi? Il peut. Des chercheurs en comportement viennent d’identifier qu’il est très déprimant, pour une femme normalement constituée (soit donc, soupir, mécontente des divers renflements de son anatomie) de voir une publicité avec un modèle en surcharge pondérale. C’est comme si, par contamination, elle s’identifiait aussi sec à cette photo et en prenait un coup sur le moral. La publication scientifique Journal of Consumer Research montre ainsi que si les mannequins maigres accablent les consommatrices, les mannequins gros font pareils. Ah, ces nanas, jamais contentes!

Et si – bon sang, mais c’est bien sûr! – les femmes voulaient simplement voir d’autres femmes comme elles? C’est ce que nous vous proposons cette semaine: nos images mode sont réalisées avec Alessandra, qui travaille par ailleurs au secrétariat de Femina. La belle plante s’autodéfinit comme «ronde» ce qui signifie que ses courbes dessinent une géographie variée de collines et vallées… Un paysage de séduction parfaitement sain sur le plan médical, avec un IMC de 23. Mais le cafard guette quand même, avec des boutonnières qui explosent et des jeans qui serrent. Les tailles de confection 44-46 ne sont guère réputées pour leur folle créativité.

Foin de miroirs, photos et cabines d’essayage: la seule mesure de beauté est le regard d’un amant vraiment aimant. Mirons-nous dans ses yeux, c’est le meilleur chemin vers la confiance en soi.

 

Éditorial du Femina du dimanche 25 avril 2010


Consulter l'édition électronique dès dimanche

 

 

Publier un nouveau commentaire