08 June 2009
Un crime de haine
Une plaidoirie de 3 heures éblouissante faite d’une éloquence rare et d’une logique d’une redoutable efficacité. Mardi matin, devant la cour d’assises de Genève, maître Marc Bonnant, a défendu avec panache la mémoire du banquier assassiné.
« Mon rôle est d’évoquer Edouard Stern, tué deux fois, d’abord de 4 balles avant que ne soit déversé sur lui un torrent de boue ». Pour l’avocat, une peine trop faible conduirait à le tuer une 3ème fois.
L’avocat réfute la thèse du meurtre d’amour, car cela signifierait que la victime n’est pas innocente, qu’elle a joué un rôle causal, décisif, dans la commission du crime et cela est parfaitement intolérable. Maître Bonnant fait la démonstration implacable et magistrale que seul le million de dollar donné puis repris est le mobile du crime. Après de multiples ruptures et réconciliations, le banquier a promis à Cécile et le mariage et un million de dollar pour assurer son indépendance. Une lettre atteste de cette volonté, que la meurtrière conserve dans sa cellule.
Dans un jeu incohérent dont les amants avaient l’habitude, Cécile affirme vouloir rendre le magot avant que Stern ne le fasse bloquer. La tension monte durant les jours qui précèdent le fatal 28 février 2005. Ce jour-là, elle a appris de son banquier que le compte est toujours bloqué. Furieuse, elle file à Genève pour obtenir des explications. Elle n’oublie pas son petit matériel sadomasochiste. « Elle veut amadouer son créancier », plaide maître Bonnant. Elle met son amant en position de soumission, empêtré dans sa combinaison en latex et attaché à son fauteuil par des cordes.
Surgit la phrase couperet : « Un million, c’est cher payé pour une pute ». Elle choisit un révolver dans l’armoire toute proche. Elle tire entre les deux yeux, s’acharne pour achever Edouard d’une balle dans la tempe. « Vous vouliez le voir mourir. C’est la balle de l’exécution, de l’humiliation. Ce n’est pas un crime d’amour c’est un crime de haine », conclut l’avocat.
Le procureur soutien le meurtre
Dans l’après-midi de mardi, c’est presque l’émeute pour entendre le Procureur général, Daniel Zappelli, devant la cour d’assises. « Il y a du sexe dans cette cause mais Edouard Stern n’a pas été tué à cause du sexe. Il y a eu de l’amour, mais c’est la haine qui l’a tué. C’est l’argent qui a été la cause de sa mort ».
Edouard Stern, homme torturé, jaloux, possessif, n’est pas le salaud que l’on veut nous présenter, il est la victime. Il n’y a eu ni harcèlement moral ni descente aux enfers. Certes, il y a eu peut-être la phrase fatidique, mais on ne tue parce qu’on a été traitée de pute. Obsédée « par le million de la passion » Cécile n’a pas hésité à commettre un meurtre. Maître Pascal Maurer entame ensuite le long marathon de la défense qui plaide le crime par passion. Cela fait 4 ans que l’avocat voit Cécile plongée tous les jours un peu plus dans son désespoir. Cécile n’a pas tué Edouard Stern pour un million.
Le procès se poursuit.














