21 June 2009
Les désaxés
Cécile B. la meurtrière face au fantôme de Stern
Elle a retrouvé les 4 murs de sa prison. Et dans sa cellule, le fantôme d’Edouard Stern. Condamnée à 8 ans et demi de détention pour meurtre, Cécile B. a reprit son dialogue funèbre avec l’amant défunt. Devant la cour d’assises de Genève, elle a clamé, à chaque prise de parole, son amour pour l’éternité, décrivant la présence presque charnelle de l’homme aimé.
Toutes les parties se disent satisfaites du verdict qui met un point final à ce procès fascinant, comme un roman qui s’achève. La justice n’a pu complètement résoudre l’énigme de l’attraction fatale de ces amants maudits.
Pourquoi Cécile n’a-t-elle pas quitté ce pervers cruel qui la faisait souffrir, puis apaisait ses révoltes par quelques mots doux, il la trompait avec de nombreuses maîtresses, il l’obligeait à assister à ses ébats, il l’humiliait en la traitant de pute. Elle a choisi de le tuer, c’était sa façon de rompre enfin.
« Les trop violentes amours déchainent la tempête ou sombre la raison des hommes ». Ce diagnostique d’Euripide s’applique ici. A moins que l’on se réfère à Shakespeare ou à Racine. De ces auteurs sublimes, on tombe très bas quand l’avocat de la défense lance la phrase de Stern à Cécile : « Je veux être ta salope » et d’autres déclarations du même acabit.
Pourtant, tous les avocats se sont retenus pour que le procès ne tombe pas complètement dans la pornographie. Les amants ont vécu un amour entre le sublime et le sordide. Cécile n’avait pas de tabou, pas de limite. Et pour cause : Elle a été initiée toute petite à la perversion sexuelle de la manière la plus obscène. Son père, coureur de jupons, avait installé au dessous de la maison une salle destinée à des jeux érotiques. Il n’hésitait pas à prodiguer à sa fille des caresses osées. Avec sa sœur, le dimanche matin, elles allaient dans le lit familiale et faisait des bouclettes avec les poils pubiens du père. Sa petite sœur s’en est bien sortie, pas elle.
Quand elle a rencontré Edouard, ils se sont reconnus : lui aussi, dans son enfance dorée, a souffert du manque d’affection de son père. Ils se sont retrouvés dans une relation pathologique de désaxés. Cécile aspire aujourd’hui à une existence tranquille, assure son avocat, Maître Alec Reymond. La vie bourgeoise à du bon.











