La voix d’outre-tombe d’Edouard Stern

A neuf heures tapantes, Cécile, tout de blanc vêtue, fait son apparition devant la cour d’assises de Genève, qui la juge pour le meurtre du banquier Edouard Stern.


S’ensuit une matinée pénible, accablante pour Stern. Elle est consacrée aux conversations téléphoniques enregistrées par les soins de Cécile, puis par les policiers alors que la meurtrière fait l’objet de tous les soupçons. Les messages électroniques orduriers laissés par Edouard ont aussi retenu toute l’attention de la cour.

Voix d’outre-tombe : on entend un Edouard Stern tantôt aimant, tantôt cassant. «Une superbe voix», dit Cécile. Elle est souvent geignarde quand Cécile ne répond pas. Jour et nuit il la bombarde d’appels. «Tu me manques, pour la Saint-Valentin, je voudrais te prendre dans mes bras.  Notre sort est indubitablement lié ou tu es vraiment dégueulasse, tu fais souffrir pour le plaisir, tu es une salope, tu es une merde».

Jusqu’à la fin, subsiste un double langage, mélange de mots doux et d’insultes. On sent Stern terriblement «accro» avec l’arrogance du tout puissant. «C’est un malade» analyse un proche.

Cécile en comédienne accomplie


Vient ensuite la voix de Cécile, mise sous écoute après le crime. On découvre une femme très sûre d’elle, qui nie avec force sa culpabilité. Un aplomb stupéfiant pour clamer son innocence, un sang-froid exemplaire.

«Il faut retrouver les salopards qui ont fait ça, faire un truc aussi lâche c’est abominable» plante tout azimut la suspecte. «J’espère que les flics vont rapidement mettre la main sur l’assassin, Edouard avait beaucoup d’ennemis, quelqu’un l’a tué et tente de brouiller les pistes, ça n’est pas arrivé par hasard. Pour loger deux balles dans la tête, il faut s’y connaître». Elle lance quelques pistes : «des gens venus d’Afrique, de Russie». «Edouard se sentait très très menacé. Nicolas Sarkozy lui avait délivré un permis de port d’armes. Le soir du crime, il avait oublié son arme à son bureau, il n’a pu se défendre» précise Cécile.

Auprès de son protecteur, Xavier Gillet, elle pleure, elle s’apitoie «c’est affreux, je ne veux pas penser à moi». «Tout le monde sait que ce n’est pas toi» rassure Xavier. Mais les enquêteurs sont sur la bonne piste quand ils font l’hypothèse que seule Cécile a pu passer la combinaison de latex à son amant.

La confession de Cécile


En début d’après-midi, Cécile commence une très longue confession. «Je ne pouvais imaginer avoir fait quelque chose d’aussi abominable. Je me suis crue dans un film : un très grand russe et un petit russe avaient fait le coup». Pour elle, Stern est toujours vivant. «C’est un être extraordinaire, avec un double côté». Tendre, gentil, affectueux avant de la traiter de voleuse à cause du million de dollar promis puis séquestré. «Il est intelligent, brillant, il a un goût pour l’art, il est dans mon cœur. C’est une histoire d’amour. Je lui ai montré des choses il m’a montré ce qu’il connaissait. Puis il a voulu contrôler ma vie. Quand il a tué ma chatte, je l’ai quitté pendant 3 mois».

La cour décortique le crime, dans une atmosphère de plus en plus lourde.

Les plaidoiries commencent mardi.

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