Avec Edouard pour l’éternité

Assises de Genève : l’affaire Stern


« Le fait, pour Cécile, d’avoir tué son amant est une façon de garder une relation éternelle avec lui, une sorte de victoire : il ne lui échappera plus».

Devant la cour d’assise de Genève, le docteur Jacques Gasser, professeur de psychiatrie légale entame une démonstration magistrale sur le thème inépuisable : pourquoi la meurtrière est-elle passée à l’acte ?

Cécile est une personnalité borderline et narcissique dont l’intelligence (QI 80) est à la limite de la norme. Le soir fatal, le 28 février 2005, au domicile du banquier, Cécile et Edouard vivent une relation sadomasochiste torride. Le jeu tourne mal quand l’amant lance : « un million c’est cher payé pour une pute ».

Pour l’expert psychiatre, le million de dollar promis puis refusé, est décisif. « C’est la phrase qui l’a fait exploser, le moment où tout bascule ». Ce qui n’empêche pas la qualification de « crime d’amour ». Quand elle s’empare du révolver, Cécile a réalisé brutalement qu’elle n’épouserait jamais Stern. « Elle s’aperçoit que tout est fini, elle fait face à sa propre haine » explique le professeur Gasser. « Une haine qu’elle n’a jamais exprimée ».

« Elle a tué une poupée »


Cécile a initié Edouard aux délices du latex. Au psychiatre la meurtrière confie : si son amant n’avait pas revêtu, au moment fatidique, une combinaison de caoutchouc intégrale, si elle avait vu ses yeux, jamais elle n’aurait tiré.

« Elle a tué une poupée en quelque sorte » conclu l’expert. C’est – en terme scientifique- la théorie de la dépersonnalisation. Ensuite, Cécile revient à la réalité, organise sa fuite et ses mensonges, nie sa haine, affiche un amour éternel et se pose en victime.

Pour elle, Edouard n’est pas vraiment mort. Certes son corps n’est plus là, mais il envoi e des signes, lui fait des « coucous », elle sera éternellement avec lui. « Elle est l’unique porteuse de cette relation qui sera désormais définitive ».  L’expert conclut à une responsabilité pénale légèrement diminuée.

C’est paradoxal, mais c’est le mort qui doit faire comparaitre des témoins de moralité. Des amis d’enfance sont venus vanter son exceptionnelle intelligence et son indépendance d’esprit. Le portrait en noir et blanc de Stern se précise au fil des témoignages : du père de famille admirable au jaloux maladif et brutal il faudra choisir.

Le procès se poursuit.

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