12 June 2009
8 ans, 6 mois pour Cécile B.
La cour d’assises de Genève a condamné à 8 ans et 6 mois de prison Cécile B. pour le meurtre du banquier Edouard Stern.
« Une peine mesurée » reconnait son avocat, Maître Alec Reymond. « Ce qui importe le plus à ma cliente, c’est que soit reconnu que le mobile du crime n’est pas l’argent, mais un profond désarrois en raison des jeux cruels de son amant ». Compte tenu d’une remise de peine possible, Cécile peut être libre fin 2010 et bénéficier de la semi-liberté dans quelques mois. Les pièces à convictions - combinaison latex, arme et photos - seront détruites.
Dernières paroles de Cécile
« Je prie pour lui tous les jours, matin et soir, pour qu’il aille au paradis, je m’en remets à vous et à Dieu, je demande pardon du fond du cœur ». Avant le verdict, Cécile, en larmes, a imploré le jury de la cour d’assises de comprendre son geste irréparable. « Je vous prie de me pardonner. J’ai toujours voulu protéger la mémoire d’Edouard. Il y a des choses que je n’ai pas dites pour ne pas le salir ». Autrement dit, elle aurait caché certaines dépravations que l’enquête n’aurait pas révélées.
En début de matinée de jeudi, le procureur, Daniel Zappelli, avait requit 11 ans de réclusion pour meurtre. Il a souligné la longueur exceptionnelle d’une procédure hors norme et la gravité de la faute. Cécile a profité de l’état de soumission de son amant, empêtré dans sa combinaison de latex, pour s’acharner sur lui et lui loger 4 balles dans le corps. C’est cette combinaison de caoutchouc qui a tant fait parler de ce crime. Pourquoi Cécile ne l’a-t-elle pas retirée du cadavre, plaide curieusement le procureur. « Elle l’a tué une deuxième fois, au-delà de la mort, car elle n’a pas caché les détails sordides du harnachement sadomasochiste qui a présidé à la mort. Ces détails graveleux allaient se répandre comme une trainée de poudre et tuer la mémoire de la victime ». Fallait-il donc qu’elle maquille son crime pour préserver la réputation de Sten ? Absurde dira la défense.
Une dernière fois, les avocats de Cécile se lèvent pour retracer le calvaire de l’accusée harcelée et humiliée en permanence par son riche et arrogant amant. Il rappelle le tango mortel d’un couple toujours dans l’excès, dans une relation destructrice qui conduisait inévitablement au drame. Une peine sévère ne ramènerait pas Stern. Cécile, perpétuelle noyée de l’existence, est aujourd’hui un petit être rongé de culpabilité en désarrois profond. Après 4 ans de détention préventive, il faut qu’elle se soigne. En liberté, elle se reconstruira. « Avec 11 ans de prison, il y aura deux morts », soulignent les avocats qui rappellent ces 11 séjours en hôpital psychiatrique.
« Son martyre doit s’arrêter. Rendez un verdict de compassion ».
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Cette peine est juste. Cela n’intéressera sans doute pas grand monde, mais je ne peux m’empêcher de remarquer que 8, en numérologie, est le nombre du courage, de la justice et des nobles intentions, alors que 6 est le nombre de l’amour responsable. N’est-ce pas là tous ce qui a fait défaut à la meurtrière ? Enfin bref, passons. Ils ont tenu compte des circonstances, de la psychologie des deux individus, de leur amour douloureux et du caractère exceptionnel de l'affaire. Me Bonnant a été remarquable lorsque les éléments de cette affaire donnait envie de lyncher la victime. Il a remis les choses en perspectives et a su extraire les informations des émotions de Cécile B. Il a démontré la vérité avec clairvoyance et intelligence. Cécile B. toute victime qu’elle soit, est aussi capable de malice et de discernement. Les sentiments amoureux de la victime n’ont pas été dénigrés, et donc la responsabilité que cela impliquait, de vouloir cultiver de son plein gré une relation nocive avec une personne, qu’il le savait, était largement plus faible que lui, a également été prise en compte par le jury. Quand à elle, elle avait aimé, mais la souffrance avait repris le dessus, et peut-être se haïssait-elle trop pour aimer qui que ce soit. C’est une bonne chose qu’il ressorte qu'elle n'est pas coupable de ce qu'elle est, et de ses carences émotionnelles et intellectuelles, mais responsable de ses actes et capable malgré tout de discernement. Faible QE, faible QI, mais je suis heureuse que cela ne soit pas la porte ouverte à excuser tous les comportements abusifs. Nous n’avons aucune obligation de nous améliorer, nous avons le libre-arbitre, cela dit, nous ne pouvons pas échapper aux expériences qui nous enseignent les leçons essentielles de notre existence. Mais nos vies sont des défis à la hauteur de notre potentiel. A la manière douce, ou à la manière forte, avons-nous le choix ? Mais c'était important de tenir compte de la totalité des éléments qui constituaient le dossier, sinon le jury n’aurait pas été juste. Cela a été rondement mené finalement. Les enfants ne pouvaient pas espérer qu’il leur soit rendu justice pour la perte de leur père. Il n’est tout simplement pas possible de mesurer une telle peine et aucune condamnation de peut annuler cette peine. Les avocats de la défense ont peut-être trop insisté sur la victimisation de la meurtrière vers la fin. Maintenant cela ne regarde plus qu’elle, c’est sa croix.












