Tricheuses, les filles, vraiment?

Hier, c’était le Wonderbra, avant-hier zéro soutif, avant avant-hier le corset. Et aujourd’hui, c’est la gaine. Non, pas l’objet indissociable des bas couleur chair de grand-maman ou de maman, mais un dessous soyeusement délicat aux vertus galbantes, moulantes, amincissantes, et donc, selon les codes actuels, embellissantes. A choix, elle vous aplatit le ventre, vous polit la taille ou vous sculpte les cuisses. Du moment qu’on avait déjà pas mal arrangé le haut, avec les soutiens-gorge à coque aux vertus affermissantes, bombantes, grossissantes, et donc, selon les codes actuels, embellissantes, il était normal qu’on s’occupe un peu du bas.

Je ne peux pas m’en empêcher: je me demande quelle tête fera le séducteur arrivé au terme de son âpre conquête quand il découvrira subitement le peu de haut et le beaucoup du bas. Se dira-t-il (dépité), hou la tricheuse!? Ou (amusé), oh la maligne!? Ou (très fâché), berk ce n’est pas celle que je croyais!?

En fait, bien sûr qu’il dira (la voix rauque), aaaah, mais quelle douceur de peau! Car les hommes le savent depuis toujours: les femmes ne trichent pas, elles jouent. A la chasse au trésor ou à la course d’obstacles. Et si leur galbage est à la hauteur de leur rouerie, il offre surtout un blindage apte à défier l’assaillant. C’est quand même plus sympa d’arriver au corps à corps par des rallongis, non? A travers des champs pleins de creux et de bosses à la géométrie drôlement imparfaite… Qui disait déjà que c’est le chemin, l’important?

 

Éditorial du Femina du dimanche 4 avril 2010


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