Les mères, filles à maman

On peut bien être mère, on n’en reste pas moins l’enfant de la sienne. D’ailleurs, quand on pose la question autour de soi, à propos de cette femme partout fêtée aujourd’hui, les mères voient surtout la leur. Bien sûr, elles ont cessé de bricoler pour elle un collier de yogourt ou un poème. N’empêche qu’avant de se sentir concernée, avant d’espérer une rose de leur compagnon ou de déballer le mignon petit paquet de l’enfant qui sourit de pas toutes ses dents, leurs pensées ont volé vers leur mère.

Une image s’est imposée, silhouette ou détail d’un visage, posture ou pièce d’un vêtement. Et une odeur s’est mise à flotter dans l’air ambiant. Des sentiments se sont alors allumés, parfois (souvent?) contradictoires, entre tendresse, amertume, colère, envie, admiration, reconnaissance. Surtout, c’est l’évidence d’une familiarité qui a surgi et, avec elle, la conscience d’un héritage, sur la transmission en quatre générations). Une manière de voir les choses, un trait de caractère, une ressemblance physique… quelque chose de commun a vibré. Avec un brin d’agacement? Car le hic, c’est qu’on n’hérite pas forcément de ce qu’on aimerait, aisance, yeux en amande ou taille de guêpe. Mais plutôt de la peur du vide ou des cors aux pieds. Et la transmission des valeurs? C’est pourtant ça l’important! Elle-même, ce qu’elle souhaite pour sa fille, c’est bonheur, santé, respect et compagnie. Mais quand celle-ci se lamentera d’avoir reçu les cors au pied, la mère sourira, on est toutes les mêmes.

 

Éditorial du Femina du dimanche 9 mai 2010


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