Une question d’habitude

Sortie «à deux» hier soir. Des guillemets qui excluaient notre fille pour la première fois depuis deux mois et demi. Un morceau de nuit dans les bras de la grand-mère, ce n’était pas la mort, mais des vacances pour tout le monde. «Profites-en petit père, amuses-toi», que bramaient mes collègues à la sortie du bureau. Vous pensez, une soirée en couple ça se célèbre en grandes pompes. Ça se partage à gorge déployée. Ça se trinque avant l’heure. «Eh, les copains, ce soir je sors avec ma femme, je paie la tournée!» C’est qu’on n’a plus vraiment l’habitude.

Alors que d’autres s’offrent des afters, nous nous sommes permis un modeste pendant. Une soirée où de jeunes adultes se donnent officiellement rendez-vous avant les douze coups de minuit pour boire de l’alcool, rigoler et danser dans des chemises parfaitement repassées. Un exercice convenu mais d’une légèreté soudain indécente. J’ai rejoins ma femme au sous-sol d’un restaurant mexicain. Une fête privée.  Il y avait du pâté en croûte et du Michael Jackson en vinyle. Je suis arrivé un peu trop ivre et ma moitié un peu trop maquillée. C’est qu’on n’a plus vraiment l’habitude.

Sortir en amoureux implique une organisation d’inspiration allemande du milieu du siècle dernier. Il faut gaver la gamine jusqu’aux gencives, la border une bonne dizaine de fois et donner les dernières instructions à la grand-mère sachant qu’elle n’atteindra jamais la perfection maternelle. Si bien qu’après avoir gravé les numéros d’urgence sur la table de la cuisine, ma femme a traversé la ville sans remarquer le paquet de fond de teint sur sa tempe gauche. Elle brillait dans la nuit. C’est qu’on n’a plus vraiment l’habitude.

Et puis le téléphone a sonné. Evidemment. La petite s’était adonnée à de nombreuses activités hormis celle de s’endormir comme un gentil bébé à son papa. Je n’avais pas terminé ma bière que ma femme portait déjà son manteau et ses responsabilités sur les épaules. Curieux manège que de dire au revoir à ceux qu’on n’a pas eu le temps de saluer en arrivant.

Mathilde s’est calmée en quelques secondes. Evidemment. On va dire qu’elle n’a pas encore vraiment l’habitude…

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