Enfin, la queue du chat. Et si ce n'est pas un grand pas pour l'humanité, ça y ressemble dangereusement. Surtout que "Jack" ne s'y attendait pas, Vautré devant le fauteuil 60's du séjour qu'il venait de gratifier de quelques coups de griffes prémédités, il a poussé un authentique cri de félin en danger quand la Converse rose de ma fille a immobilisé sa queue. (On a toujours tendance à piétiner ce qui dépasse.)
Ce soir-là, ma femme soupesait ses seins dans l'espoir d'avoir perdu au moins cent grammes d'un côté. Je zappais mollement entre des lasagnes Findus et quelques chemises suspendues au radiateur. On s'ennuyait en somme.
Mathilde s'est levée aussi vite que mes paupières sont tombées. Elle a décollé ses deux mains du parquet au moment où le générique de Spiderman II retentissait dans les enceintes de la télé. Je ne voyais que ses cuisses en accordéon et en liberté déambuler le long de la table basse avec cette démarche de l'alcoolique fraîchement rassasié. Ma fille, droite comme un "i" dessiné à la main, les bras vers l'avenir, giclant au passage quelques toiles d'araignée contre les murs pour protéger New York du méchant Dr. Octopus. Et son pied bientôt sur la queue du chat.
Je vous entends déjà crier en agitant les bras au-dessus de vos oreilles: "Mathilde marche? Elle n'a que sept mois! Etrange! Impossible! Inquiétant même!" Vous avez raison, c'est inquiétant que vous vous souveniez de l'âge de ma fille. Évidemment que personne n'a marché, que je me suis réveillé, que les lasagnes étaient froides et que Mathilde se contentait de gazouiller dans son hamac psychédélique.
Tout juste a-t-elle parfois entrepris quelques pas maladroits suspendue aux poignets de son père trop impatient. Son père qui rêve secrètement de la voir marcher, parler, draguer, étudier et jouer les Préludes de Debussy avant ses douze mois, pour être prématurément certain qu'elle grandira normalement.











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