C'est sorti comme ça: "Un beau prénom de s.....!" De grâce, ne dégainez pas tout de suite vos plumes outrées de lectrices averties, car derrière cette exclamation bêtement tranchante se cache le plus beau compliment destiné à ma fille depuis sa naissance. Si, si, je vous le jure. Un compliment de la bouche d'un collègue à l'esprit aussi vif et dévastateur qu'un virus informatique.
Ce soir-là, craignant de m'avoir heurté, le type en question a enchaîné avec une série de justifications maladroites dont j'ai retenu pêle-mêle: "un peu comme Marilyn Monroe/la classe je veux dire/question de style/et le porte-cigarette, tu vois ?/tout ça quoi/le pouvoir/et le monde à ses pieds/mince alors/tu reprends une bière?" Au fond, le collègue, à sa manière, a juste voulu m'avouer que le prénom de ma fille l'interpelait. Mission accomplie.
Choisir le prénom de son gamin n'est jamais anodin. Lourd héritage familial, pression sociale, effet de mode. Même s'en ficher fait aujourd'hui figure de démarche artistique ultra étudiée. C’est d’ailleurs dans ce cas précis que naissent les Pierre ou les David. Alors que les petits Paul-Auguste ou Jean-Noël, par exemple, dorment souvent dans un landau en bois dégotés dans une brocante 70’s de luxe. Au même titre qu’un Michael fera certainement du sport. Et puis on peut tout à fait appeler son fils Hippolyte juste pour emmerder le monde. C'est même l’une des seules étapes vraiment créatives dans le processus de fabrication d'un bébé.
Un prénom c’est le premier préjugé que l’on colle consciemment sur le visage de son enfant. Vous avez déjà remarqué à quel point tout peut arriver lorsqu’on ne connait pas encore le prénom d’une jolie dame? D’un SDF? D’une guichetière communale? Ou de la fille d’un chroniqueur?











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