Le type sur la photo, je le connais depuis que je suis née. C'était un après-midi de juillet dans une maison remplie de dames toutes blanches et de papas pas rassurés. (Mais vous le savez déjà je crois.) Je me souviens encore de son air satisfait au moment de me passer l'horrible bracelet rose qui baptise les nouveaux humains et gratte le poignet.
Ouaiiiin. (Faudra vous y faire, je pleure souvent.)
Quand on a quelques heures, tout parait grand et fort, même son père. Sauf que le mien, pour le coup, c'est un géant. De ceux qui vous protègent rien qu'avec des centimètres. En apparence bien sûr. Anxieux et rêveur, il n’arrête pas de se cogner aux cumulus. Comme si moi, Mathilde, 4731 grammes, je pouvais border ses angoisses de mes grosses joues. Ne lui répétez pas mais, en vrai, c'est moi qui l'apaise lorsqu'il me fait des câlins aériens. Et puis, au final, même si je lui arrive littéralement à la cheville, je ne me fais pas de souci. De tout là-haut, j'ai l'impression que rien ne peut nous arriver.
(Ne faites pas attention au sein, c'est mon quatre-heures)
Mathilde c'est mon nom d'héroïne. Lui qui a toujours voulu vivre dans un roman, c'est avec les mots qu'il joue avant de pouvoir le faire avec moi. En pleine dérive sécuritaire, papa me protège comme si la planète voulait me glisser dans sa poche. Enfin, moi je m'en fiche. L'ennui, c'est que mes copines ne voudront jamais me croire quand je leur dirais plus tard que Mathilde, c'était moi.
Ouiiiin. (Pas de panique, c'est un rot qui ne veut pas sortir.)
Je vois bien que, depuis mon arrivée, papa a l'impression de ne plus rouler sur l'or. Alors pour compenser ce sont les mécaniques qu'il roule. En ville. Dès que maman a le dos tourné (ce n’est pas souvent), il me cale sur son épaule, agrippe la poussette d'une main et part à la chasse aux regards féminins derrière sa paire de Ray Ban toute neuve. Ça fait un bail qu'il peaufine dans sa tête le discours du faux papa célibataire, contraint d'éduquer seul sa fille, entre le ménage et les courses. Un fantasme qui nous fait rire maman et moi car il n'a jusqu'à maintenant attrapé qu'une grappe de quinquas toutes fripées s'inquiétant de la consistance de mes cacas.
Ouiiiin. (En parlant de caca.)
Bon, je vous laisse, j'ai une vie à bâtir. Et si vous le croisez, dites-lui qu'il ne se débrouille pas si mal que ça.













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