20h31 le dernier épisode de Friends se termine avec l’image de Ross enfant, jouant à la dînette dans le jardin familial. Ma fille est fatiguée. Le bâillement qu’elle laisse échapper ne mange pas complètement son sourire. Alors qu’elle gravit mes cuisses maigrelettes, son regard mouillé d’amour semble me souhaiter de doux rêves.
20h32 son petit cul rafraîchi par une lavette à la lavande s’envole vers le berceau avec la grâce d’un papillon, lové dans les bras de sa mère. 20h33, Mathilde, mon cœur en nougat un peu grassouillet, s’endort sous les caresses musicales de Ruth, la veilleuse électrique.
20h35 ma femme revient sur le canapé. Je glisse le dernier album de Keren Ann dans le lecteur, elle ouvre une bouteille de vin. Dehors, il fait encore bon, on regarde la lune s’arrondir sous nos yeux d’amants retrouvés.
Sauf qu’en vérité, la bise déchire les branches et je ne souviens pas de la dernière fois où l’on a dégoupillé un bon petit cru en tête-à-tête.
À 20h31, c’est TF1 qui clôture son JT par une dernière image de Fukushima partant en sucette. Je zappe. Mathilde n’est pas fatiguée mais hystérique. Elle braille, ma femme soupire, je grogne (plus que d’habitude). Nos yeux sont tellement lourds qu’à 20h32, les crânes rasent le sol.
20h33, le petit cul de Mathilde sent le cadavre oublié et le berceau est colonisé par le chat qui éventre la veilleuse par le compartiment à piles. Au loin, l’écran plat nous annonce Top Chef sur M6 pendant que je cuisine ma femme pour savoir si elle compte endormir la gamine un jour. C’est qu’elle dort au sein la petite. Huit mois dans les (deux) dents et toujours un téton sous la langue pour rejoindre Morphée. Je désintègre sa couche au lance-flammes pendant que les deux cernes que j’ai épousées libèrent notre lit de l’emprise de mes jeans sales.
20h35, couchée sur le flanc, ma femme se mue en somnifère de seins et de chaire pour se lancer une tétée mécanique, tout en sachant qu’elle recommencera l’exercice six fois dans la nuit.
2h du matin, ma fille dort comme un psychopathe en isoloir. D’ailleurs dans la maison, seul le chat dort comme un bébé. Et il doit bien se foutre de notre gueule.











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