Je m’appelle Fred, j’ai 32 ans, une femme enceinte et une gigantesque photo en tête de page. Vous venez de décapsuler une chronique d’homme. Une chronique de moi. C’est important, le balisage. Des fois que l’on attribue mes mots à quelqu’un d’autre. Pire, à une femme. Car on n’invite pas un homme à parler de tout, pour rien. Surtout ici. Et encore moins pour qu’il babille comme une fille. Or moi qui, d’ordinaire, prends soin de tenir mes doutes à l’écart de vos certitudes, voilà que j’hérite de l’intimidant privilège de vous confier chaque semaine les errances parfois maîtrisées d’un mâle qui ne pense, consomme et jouit souvent pas comme vous.
Je ne suis pas là seulement parce que je pisse debout, mais aussi parce que, pour la première fois de mon existence, je semble capable de mener quelque chose à terme. Enfin pas moi, ma femme. Depuis quand un ventre ouvre-t-il les portes d’un bon boulot?
Lestée par une grossesse qui vient d’atteindre le niveau 7, elle s’apprête à mettre au monde notre fille. A l’heure où je vous lance des formules à bien plaire pour éviter de vous déplaire, je me dis que donner la vie m’offrira peut-être l’avantage d’oublier un peu la mienne. Le bobo devient papa. L’amant se fait plus avenant. Une grande nouvelle qui n’a échappé à personne. Car avant que ma femme ne se décide à accoucher sous péridurale, je me suis résolu à pondre sous pseudonyme. Dans un blog. Et en quelques lignes parfois aiguisées, je suis devenu Daddy Soon ironisant sur sa douce moitié qui a doublé de volume. Pas de panique, elle est au courant et même plutôt ravie d’accueillir mes mots d’esprit sur ses maux de corps.
Alors oui, j’attends une petite fille, mais aussi beaucoup d’indulgence. De votre part. Derrière l’apparente légèreté du verbe se cache un type sincèrement réjoui, mais définitivement effrayé à l’idée de semer ses premiers poils sous vos cils intraitables.
Vieux truc d’orateur tétanisé, j’aurais pu vous imaginer complètement nues pour balayer l’angoisse de cette première page blanche. Et puis, pour me rassurer, je me dis que si je suis libre de causer de tout, vous l’êtes aussi de ne pas me lire du tout. Comme l’a dit un autre Fred (célèbre celui-là), «la liberté n’est qu’un mauvais moment à passer».











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