Fier comme un roc(k)

Pour un père, futur bébé n’est encore qu’un vague produit dérivé. Une poupée qu’il imagine à son effigie. Un nouveau jouet, emballant mais emballé, qu’on a déposé sous le sapin pendant neuf longs mois avec l’interdiction d’y toucher. Bien sûr, il en a vu d’autres (des bébés). Mais avant de pouvoir aimer le sien, il l’idéalise. Forcément. Une chose est sûre, il ou elle sera comme son papa. Au moins un peu. Footballeur, danseuse, vendeur de hot-dogs à la criée, rock-star.

J’ai tout fait pour devenir une rock-star. Tenir tête à mes parents, scotcher Kurt Cobain à la paroi et entretenir mes acouphènes dans un local qui empestait la chaussette. Même mes cheveux étaient sales. En vain. Et le refrain de la mort tragique n’était plus pour moi puisque j'avais déjà largement dépassé l'âge du suicide glamour et musicalement prometteur (27 ans). J’étais condamné au bonheur.

Et puis on est tombés enceintes plus ou moins rythme. Ma femme a pris du volume et moi je l’ai définitivement baissé. J’ai fait pleurer mes groupies (ma mère) et effacé le «no» de futur sur mon vieux carnet de notes. Et depuis que la guitare électrique agonise au galetas, je compense. Je me dis qu’avant que ma fille ne se décide à montrer son visage, elle aura un look. Evidemment celui de papa. Il paraît que c’est humain d’habiller ses angoisses.

Aujourd’hui, les murs sont peints, l’avenir esquissé et la chambrette équipée du minimum vital: un nano t-shirt noir des Beatles, une chemisette à carreaux, un Perfecto vintage et un casque antibruit vert fluo pour frimer dans les festivals. Les vendeuses me félicitent pour ce futur petit garçon et je crie à qui veut bien l’entendre que ma fille ferait finalement une belle lesbienne. Ultime provocation d’un futur papa qui se retient tout juste de réserver le tatoueur pour ses dix-huit printemps.

N’en déplaise. Ma fille sortira de la maternité fringuée comme une Kate Moss en Pampers et Converse. Les flashs crépiteront, mais dans mes yeux. Et moi qui n’ai jamais réussi à accoucher de l’album qui aurait dû faire de moi une vedette, je m’apprête à offrir la vie le plus sincèrement possible. Si ça, ce n’est pas rock’n’roll.

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