On imagine mal papy la bricole snober la foire de l’outillage. Manquer la démonstration de la dernière débroussailleuse à bras hydraulique articulé, c’est s’assurer les railleries des copains à l’heure de l’apéro. Je me devais donc d’y aller. Pour elle (qui n’a rien vu de la visite, calée en fond de nacelle). Vous l’aurez compris, à l’instar du cheval ou de la bagnole, bébé tenait salon.
BabyPlanet ou l'art du parler franc. "Parents: un métier difficile! Restons vigilants! Domestiquons les risques!" Les slogans cloués sur les premiers paravents de la foire au nourrisson de Lausanne avaient au moins le mérite d'effrayer les rares couples encore hermétiques à l'hystérie sécuritaire actuelle. Heureusement, tout était prévu pour faire descendre la bouillie: café gratuit, stations à langer, parking à poussettes et distribution industrielle de prospectus rassurants. A peine les portes franchies que Mathilde partageait sa couche avec une dizaine de bons de réduction.
Au centre, le partenaire principal. A gauche, des seins pointant leur téton au rythme des repas. A droite, des assureurs dégainant leur concours au rythme des propositions de contrat. Les stands défilaient plus vite que les minutes. Une banque, quelques laboratoires d’alicaments, une clinique privée. Plus loin, un guichet austère distribuait des échantillons gratuits dans une ambiance de soupe populaire. Hormis quelques jouets qui jonchaient le sol, aucune trace de couleurs vives, de brouhaha féerique ou de nouveautés époustouflantes à faire imploser le porte-monnaie et la chambre de la gamine.
Moi qui m’attendais à une réplique condensée de Disneyland, j’ai n’ai croisé qu’un homme-sandwich refourguant des ballons rouges sang sponsorisés et un château qui se dégonflait dans la pénombre. Manquait plus que l’Office régionale de placement et une délégation de la prison de Bochuz pour que je sois en mesure de présenter à Mathilde un panel exhaustif de ce qui l’attend demain: la vraie vie. Celle, froide, austère et sans pitié, que tout futur adulte se doit évidemment de côtoyer avant même de savoir marcher. Un peu de rêve que diable! Mercantile soit, mais du rêve!
Notre planète va mal. Celle de bébé aussi.











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