«Mais qu’elle maigrisse alors!» Je suais sur une phrase, la tête immergée dans mon traitement de texte, quand ma femme s’est soudain brouillée avec le poste de télé. Aussi compatissante qu’une lionne devant la carcasse d’une gazelle, elle n’a jamais supporté les confessions plaintives de femmes rondes qui peinent à s’assumer. Pour ma part, j’ai eu le réflexe de brandir l’indulgence en écoutant Carine, 19 ans, 1,65 m pour 80 kilos, sangloter combien il lui était difficile de décrocher un job. Pour comprendre pourquoi ma femme montait les tours devant l’émission «Belle toute nue», j’ai monté le son en attaquant le dessert.
Carine, en sous-vêtements et en prime-time, devait maintenant se glisser à sa juste place parmi douze femmes franchement obèses. But de l’exercice: démontrer qu’elle se voit plus opulente qu’elle ne l’est réellement. Surtout ne pas virer prétentieuse en se trompant vers le bas. Evidemment, au moment de valider son rang, Carine se trouvait à trois plus volumineux cobayes de sa véritable corpulence. Premières larmes, premières piques d’audience. Je reprendrais bien un peu de tarte moi.
La bouche pleine, je me suis soudain revu en cuissettes ridicules, courant après un ballon que rarement je détenais. En sortant des vestiaires, mon beau-père me disait souvent qu’il fallait apprendre à perdre. Des points, pas du poids. J’ai compris bien plus tard qu’il est plus facile de se remettre d’une simple défaite que d’un double menton. Moi-même, il m’a fallu attendre d’avoir exécuté vingt bons kilos pour entendre enfin mon entourage avouer que j’étais «quand même plus mignon comme ça». Désolé mon cœur, j’ai mangé toute la tarte, t’en voulais?
L’amitié, le pouvoir d’achat, l’érection. Dans la vie, tout est plus facile à maintenir qu’à affermir. Le corps ne déroge pas à la règle. C’est même le seul domaine dans lequel il est bien vu de perdre.
Alors que la chaîne enchaînait avec «Nouveau look pour une nouvelle vie», j’ai tapé «belle» dans mon dictionnaire des synonymes. Et parmi les habituels «adorable», «charmante» ou «ravissante», je suis tombé sur le surprenant… «svelte».
Me voilà rassuré. Le culte de l’apparence n’est pas un problème de société, mais une faute de français.











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