Avant il y avait la petite entrecôte du boucher, le suprême de poulet aux milles épices ou le bouquet de merguez bien fraîches. Très vite, le steak haché sous vide a pris le relais qui, lui-même, dû récemment laisser sa place à l’inébranlable cervelas-moutarde.
Participer à un barbecue avec sa gamine de trois mois c'est l'assurance de quitter la fête avant d'avoir eu le temps de cramer sa saucisse. Alors plus question d'abandonner prématurément une véritable petite fortune à des carnivores sans chiard, sous prétexte que Mathilde fait du boucan. Désormais, il faut tout miser sur l'apéro. Prier pour que les amuse-gueules satisfassent la nôtre. Nous voilà réduits à jouer les rapaces de buffet. A guetter, évaluer, réserver la moindre olive qui suffoque au fond du bocal avant de s’éclipser.
Samedi soir, ma femme m’avait savamment posté devant des roulades au guacamole avec ordre de ne bouger qu'à l'hypothétique atterrissage de mignardises plus alléchantes encore. Nous fêtions le nouveau logis d'un ami musicien. Bientôt papa lui aussi, il a jeté son dévolu sur un trois-pièces avec vue sur rien et éloigné de tout, mais riche d’une petite terrasse sur laquelle trônait un arrogant barbecue… sans feu.
Pas une braise à l’horizon. La panse gonflée par les roulades, j’ai observé mon hôte raconter fièrement comment il s’était retrouvé au petit matin dans sa voiture congelée, la nuque coincée entre deux guitares, pour piquer un roupillon après un concert un peu arrosé. Moi aussi j’ai connu les siestes matinales sur le frein à main, les groupies déchaînées et les gueules de bois. Mais ce soir-là, c’est Mathilde qui aurait dû dormir dans la bagnole sur le chemin du retour. Sans succès. Et puis j’ai levé les yeux sur l’horloge du tableau de bord en bâillant. Il était 19h30.
C’est décidé, quand je serai vieux je me paierai un barbecue de mâle à 5000 balles, avec ses armatures en marbre et son tablier personnalisé. Je croiserai les spatules géantes en argent au-dessus de mon crâne en poussant des rires effroyables et les célibataires viendront griller leur solitude au bout d’un bâton. Parfois, la vengeance se déguste bêtement à point…











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