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    FEED et Clarins: l’interview de Christian Courtin-Clarins

    Depuis 55 ans, sous la houlette de son fondateur Jacques Courtin-Clarins puis de son fils Christian, la maison Clarins mise sur la connaissance et le travail des plantes pour fabriquer ses produits cosmétiques.

    Publié le 
    2 Mars 2017
     par 
    Hélène Béziat

    Forte de cette expertise, qui est aussi son gage de qualité, la marque investit désormais avec conviction dans le développement durable et l’engagement humanitaire.

    Rencontre avec Christian Courtin-Clarins.

    FEMINA: Quelle définition donneriez-vous aux lectrices de Femina du développement durable?
    CHRISTIAN COURTIN-CLARINS:
    Chez Clarins, j’appelle le développement durable le développement responsable, car il relève d’une triple responsabilité. Ecologique: elle doit protéger la nature et la biodiversité mais aussi réintroduire la biodiversité dans les lieux de monoculture, ce qui génère la permaculture. Sociale: elle doit créer du travail. La permaculture demande de la main-d’œuvre car il n’y a pas de tracteurs. Juste des chevaux et des bras. L’homme est central. Il faut savoir que l’énergie consommée par un tracteur est supérieure à l’énergie produite de ce que l’on va cultiver: c’est l’aberration du système qu’il faut enrayer. Et enfin, le développement responsable revêt une responsabilité économique: il doit générer de l’argent.

    «Le futur c’est la nature propre»

    Comment l’envisagez-vous dans le futur?
    A mes yeux, le futur repose sur deux thèmes: la nature et la femme, les deux étant liés. Dans les pays en voie de développement, la femme est partie prenante dans l’agriculture. Elle fait la cueillette, la cuisine et gère l’eau. Elle est donc très sensible à la qualité des matières premières. Le problème, c’est qu’on est obligés de se battre pour être certains d’obtenir cette qualité. Car il existe en parallèle une agriculture intensive qui tente de gagner par le prix. Or, chez Clarins, le prix des matières premières ne compte pas. Grâce à nos plans de développement durable, nous avons sécurisé des productions d’excellence essentielles à nos produits: l’alcool issu de la betterave ou l’huile de noisette par exemple. Mon rêve serait que toute l’agriculture soit bio pour que la nature soit protégée. Pour l’instant, nous ne pouvons pas revendiquer le label bio, même si beaucoup d’ingrédients chez nous le sont, parce que Clarins nécessite un énorme volume pour garantir une production 100% bio. Comme en Europe, il n’y a que 3% de terres bio, j’ai dû imaginer différentes solutions: d’abord, faire nos propres plantations. Mais cela prend du temps, et nécessite que les terrains eux-mêmes soient bio. Nous avons donc acheté des terres reconnues Ecocert afin de planter en grande quantité et de contrôler la biodiversité. En Suisse, Clarins est partenaire d’agriculteurs bio, à qui l’on garantit l’achat de matières premières en contrepartie d’une qualité excellente. Une alternative à cela est d’aider les paysans à assainir leurs terrains dans différents pays du monde: pour être bio, un sol doit être cultivé sans pesticides pendant trois ans, ce qui génère de lourdes pertes financières pour les agriculteurs. En tant qu’industriels, nous avons la capacité de compenser ces déficits passagers puis de garantir l’achat d’une partie de la production. Ainsi, tout le monde est gagnant.

     

     

    Comment est né le projet humanitaire FEED?
    Les programmes d’alimentation scolaires FEED Projects sont nés en 2007 sous l’impulsion de la jeune anthropologue et photographe américaine Lauren Bush Lauren, suite à son voyage pour le United Nations World Food Programme (WFP) où elle a découvert la réalité de la faim dans le monde. En 2005, afin de sensibiliser le grand public, elle imagine et développe un premier sac en toile de jute doublé de coton blanc, FEED 1 Bag: chaque sac vendu fournit 1 repas à 1 écolier pendant 1 an. Depuis, sur chaque produit FEED est inscrit le chiffre correspondant au nombre de repas distribués. L’objectif étant que les clientes soient fières d’en posséder et de partager son engagement. La stratégie de Lauren repose sur trois axes: donner des repas dans les écoles afin d’inciter les parents à envoyer leurs enfants à l’école, créer des emplois dans les écoles et enfin, développer des coopératives qui favorisent l’agriculture locale. 94 millions de repas au total depuis le début de l’aventure: le succès est magnifique!

    Pourquoi la maison Clarins s’est-elle associée au projet?
    Je citerais en préambule une phrase extraite du livre Le Petit Prince, d’Antoine de Saint-Exupéry: «On n’hérite pas de la terre de nos ancêtres, on l’emprunte à nos enfants». L’avenir, ce sont nos enfants. Or, dans les pays les plus pauvres, 200 millions d’entre eux n’ont pas de repas réguliers. Le succès des produits Clarins est un atout pour contribuer à rendre le monde meilleur. Depuis 2011, FEED & Clarins a permis de distribuer plus de 10 millions de repas scolaires. Objectif 2017: 17 millions.

    Sous quelle forme se déroule concrètement l’opération en Suisse?
    C’est la première fois, que l’opération FEED & Clarins contre la faim dans le monde se déroule en Suisse. Depuis le 1er mars, dans les 700 points de vente partenaires ou via Clarins, pour chaque trousse contenant 7 produits phares visage et corps Clarins en format voyage achetée, 10 repas seront offerts à des enfants dans le besoin. Le prix est de 49 francs, pour une valeur réelle de 102 francs. En achetant cette trousse, les femmes peuvent donner du sens à leur consommation et choisir une beauté responsable.


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