Psycho: Ma vie, ma renaissance

Dans l’existence, il y a parfois des événements choc dont on pense ne jamais se relever, et pourtant...

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Par Fabienne Rosset et Sylviane Pittet

 

Qu’est-ce que Pâques sinon la célébration d’une nouvelle vie, d’un nouveau départ? Dans l’existence, il y a parfois des événements choc dont on pense ne jamais se relever, et pourtant... Témoignages de cabossés repartis à l’assaut du bonheur.

Cela ressemble à un électrochoc. L’annonce brutale d’une maladie grave. Le deuil insupportable d’un enfant. L’échec d’un divorce qu’on ne peut accepter. On se sent mourir, tout paraît s’écrouler autour de soi. Et pourtant, dans le meilleur des cas, on redémarre. La vie reprend ses droits. Le renouveau s’installe. On se réveille un matin en se disant: «Tiens, j’ai changé.» Quelle que soit sa forme, la renaissance a des airs de printemps. Mais qu’est-ce qui fait qu’on s’en sort? Sans vouloir donner dans les formules miracles, on s’aperçoit en rencontrant des personnes qui ont traversé des moments très durs qu’il y a des étapes obligées sur le chemin de la guérison.

La première étape? Prendre le temps de s’arrêter, une fois le choc passé, et écouter ce qui se passe en soi. C’est ce que Pascal Neveu, psychanalyste français auteur de Changer? Moi, jamais!, recommande à ses patients. «Réfléchir à soi et à son passé aide à faire le point, explique-t-il. Ensuite, il va s’agir de s’ouvrir aux émotions, à la peur, à la colère, à la tristesse.» Dans la phase de révolte, bon nombre de blessés de la vie restent bloqués sur la case «pourquoi». Et ça peut durer vingt ans…

 

Penser à demain

A écouter Marthe Marandola, coauteure du livre Le déclic libérateur , le chemin vers la renaissance ressemble à un processus de deuil. Histoire de ne pas rester piégé dans le passé, il faut quitter le pourquoi en se demandant: «Qu’est-ce que je fais de ce qui m’arrive?», «Qu’est-ce que je mets en place aujourd'hui pour demain?» Bonne nouvelle, la prise de conscience consiste déjà en une forme de renouveau. «Quand on peut mettre des mots sur un vécu douloureux, on quitte une dynamique de mort pour chercher des pistes de vie.»

Remettre un pied dans la réalité pour reprendre le contrôle. Ne pas se laisser engloutir. C’est comme changer de voie lorsque l’on se retrouve face à un obstacle sur une autoroute: on n’a juste pas le choix. Pour se donner une marge de manœuvre dans l’épreuve de la chimiothérapie, Marie, 39 ans alors, prend le taureau par les cornes. «Je ne voulais pas perdre mes cheveux par poignées.» C’est en famille, à la table de la cuisine, que son mari coupe sa chevelure sous les appréciations des enfants: «Un peu plus court», «Oh oui, ça te va bien, maman». Au lendemain de sa séparation, Carmela, 45 ans, déboule à l’ORP pour reprendre une formation le plus vite possible. Mirjam et Grisolio, eux, sont partis cinq mois en voyage quelques semaines après le décès de leur bébé.

 

Penser à soi

Ces décisions subites et radicales, certains proches ne les comprennent pas. «Quand nous nous sommes envolés pour New York, il y avait des gens qui pensaient que nous étions dans la fuite», raconte Mirjam. Pour les autres, même animés de bons sentiments, les choix de celui qui renaît peuvent paraître incompréhensibles, voire franchement égoïstes. «Obtenir mon diplôme était une question de vie ou de mort, ce que ma famille n’a pas compris, raconte Carmela, divorcée. Cela m’a permis de ne pas pleurer sur ma situation.» Une nouvelle vie, un nouveau mari, un autre métier, un déménagement… «Ces replis sur soi témoignent d’un nécessaire rapport plus narcissique avec soi-même», note le psychanalyste Pascal Neveu. Déclics salvateurs ou coups de pouce du destin? Reste que la vie, telle la sève au printemps, reprend ses droits. A tous les coups.

 

Les 6 étapes vers la renaissance

La dynamique qui entoure la reconstruction est proche de celle du deuil.

La négation La personne confrontée à une perte, un deuil, un divorce ou une perte d’emploi, refuse d’abord le fait ou cherche un bouc émissaire: c’est la phase de la négation.

 

Le questionnement «Pourquoi est-ce que ça m’est arrivé?» Il faut accepter que «ça n’arrive pas qu’aux autres», oublier la notion de protection divine.

 

L’expression des émotions La confiance en la vie est ébranlée, il faut laisser sortir les émotions qui vont avec: peur, colère, révolte, amertume. Et surmonter l’angoisse de la séparation, la peur du vide.

 

Le temps des larmes Repli sur soi ou besoin d’une épaule pour pleurer, la tristesse fait partie du processus. Un sentiment de solitude qui peut parfois aller jusqu’à la dépression. Plus on tire loin en arrière, plus on est propulsé en avant, comme sur une balançoire.

 

La prise de conscience En mettant des mots sur ce qui nous est arrivé, on transforme la dynamique de mort en dynamique de vie. Cette prise de conscience est la clé de la renaissance. On comprend, donc on va déjà mieux.

 

L’acceptation On quitte le «pourquoi» pour le «qu’est-ce que j’en fais?». En acceptant la réalité et en faisant le choix de vivre avec, la force de vie s’exprime et pousse à aller vers le mieux.

 

 

A lire

Le déclic libérateur. La prise de conscience,
enquête et récits,

Marthe Marandola et Geneviève Lefebvre,
Ed. Marabout, avril 2009.

Changer? Moi, jamais!
Pascal Neveu,
Ed. L’Archipel, 2007.

 

 

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