Leçon de séduction

Les hommes se plaignent de perdre leurs moyens devant les femmes. Pour leur venir en aide, un cours de savoir plaire au masculin a récemment été organisé à Genève. Femina s’y est immiscé pour vous.

Par Julien Burri

 

Comment aborder une inconnue dans le métro? Dois-je lui donner mon numéro de téléphone ou lui demander le sien? Comment faire connaissance avec une fille dans une boîte de nuit? Quand il s’agit de séduction, les hommes se sentent souvent perdus. A tel point que chez nos voisins français, ils sont de plus en plus nombreux à faire appel à un coach. C’est ainsi que Stephan, 29 ans, dit Spike, est devenu une référence du savoir plaire au masculin dans l’Hexagone. Ce coach en séduction parisien a conquis sa notoriété via un site Internet ouvert depuis deux ans, sur lequel il publie des chroniques. Son humour et son sens pratique plaît aux hommes. Spike donne aussi des cours et anime des ateliers de drague et de relooking. Après avoir organisé des workshops dans toute la France, il a récemment lancé pour la première fois son concept à Genève. Nous en avons profité pour nous glisser parmi ses apprentis tombeurs.

L'art du timing

Spike nous attend dans la suite d’un hôtel genevois, juste avant le début du workshop. Blouson en cuir mauve, jean moulant, crâne rasé: le coach affiche un look qui se veut branché mais sportif. Cinq hommes se sont inscrits à son cours. Dix heures réparties sur trois jours, pour lesquelles chaque «élève» a déboursé environ 1900 francs. Le premier critère de la séduction étant le bon timing – savoir agir au bon moment et laisser le temps jouer en sa faveur – Spike commence par nous faire attendre, en lisant ses mails devant nous. Nous attendons qu’il daigne livrer ses secrets d’expert. «Chez «Spike Séduction», on ne fabrique pas des dragueurs de supermarché, ni des viandars du samedi soir!» prévient-il. Puis de continuer, avec un dédain calculé: «Nous mettons l’accent sur le sens de la rencontre. L’ouverture à l’autre, c’est un muscle qui se travaille! On a tous le trac devant quelqu’un qui nous plaît. C’est normal. Mais certains sont terrorisés, paralysés. Dans ce cas, il faut faire quelque chose pour ne pas passer à côté de votre chance quand elle se présente. Il faut préparer le terrain pour ne pas finir, à 40 ans, perdu sur le marché de la solitude.»

Les participants au stage se font attendre eux aussi, ce qui inquiète le coach. Après une demi-heure de retard, de jeunes hommes plutôt séduisants débarquent: un employé d’une grande marque horlogère, un chocolatier, un inspecteur de police… A priori, pas le genre de garçons coincés et mal dans leur peau qu’on imaginait. Les élèves de Spike sont uniquement des garçons, âgés de 20 à 40 ans, appartenant à des milieux variés, et qui ont les moyens d’investir beaucoup d’argent pour se sentir mieux.

D’une voix grave et posée, Spike commence par demander à chacun d’expliquer pourquoi il est venu au cours et de décrire brièvement sa vie amoureuse. Pendant que ses élèves répondent, le «maître» observe leurs postures et leurs vêtements. Ces jeunes hommes ont tous connu des déceptions qui leur ont fait perdre confiance en eux. Spike les interrompt, catégorique: «Si vous imaginez que vous serez plus heureux grâce à une rencontre, vous vous mettez le doigt dans l’œil. Il ne faut pas attendre de l’autre qu’il comble votre mal-être.» Ce traitement de choc est un avant-goût des trois heures de théorie qui vont suivre. Le but? Préparer les exercices pratiques du lendemain. Les participants devront se rendre dans un bar genevois, puis dans un night-club, et y aborder des filles sous l’œil de leur mentor. «La première chose, c’est de passer le test de l’apparence. Il faudra que la fille aime votre look. Sinon, vous n’aurez aucune chance.»

Le langage du corps

Avec beaucoup d’anglicismes, Spike décortique, point par point, ce qu’il considère comme une rencontre réussie: body language (ce que votre corps dit et révèle de vous), opener unset (comment aborder une fille dans un groupe) ou numcloser (prendre le numéro de la belle). Il emploie aussi des termes plutôt militaires comme «la cible» (la fille convoitée). On pense un instant à une équipe de rugby faisant le point avec son entraîneur avant un match… La séduction est une question de précision. A en croire Spike, elle est très codifiée et ses lois tacites doivent être scrupuleusement observées, au risque de passer pour un loser. «L’homme ne peut pas compter sur son charme, comme les filles, affirme l’expert. C’est à lui de faire le pas. En fait, c’est à l’homme de tout faire: mener la conversation, obtenir le numéro de la fille, la rappeler, organiser le premier rendez-vous, etc.»

Et les «cibles», dans tout ça? Elles attendraient surtout un homme viril: «Les hommes sensibles, c’est bien joli, mais elles veulent un garçon qui sente la testostérone. Cela dit, sans être vulgaire, et avec du style.» Un garçon qui sache dire non, en somme. «Vous devez vous mettre dans la tête que vous n’êtes pas un meuble ou un animal de compagnie. Ne succombez pas au syndrome de la princesse. Ne mettez pas les femmes sur un piédestal.»

Et la spontanéité?

Nous ne sommes pas autorisés à assister à la suite du stage et laissons les garçons affûter seuls leur plan d’attaque de la gent féminine. Nous nous n’aurons pas l’occasion de constater le succès des méthodes de Spike sur le terrain. En ressortant du cours, on se dit que le coach sait être convaincant, mais ses déclarations à l’emporte-pièce ont un relent de machisme. La rencontre, vue sous cet angle, a perdu de sa magie. Et si séduire était plus beau en prenant des risques, sans filet et désarmé? Etre spontané, au risque de se ramasser un monumental râteau… De toute façon, pour être amoureux, nul besoin de coach!
www.spikeseduction.com

 

Cinq conseils pour faire craquer les filles
  1. Etre looké L’habit ne fait pas le moine, mais sans fringues dignes de ce nom, point de séducteur. Attention à rester naturel, sans être clinquant.
  2. Etre léger et drôle Il ne faut pas que votre abordage ait l’air calculé, sachez rebondir et adaptez votre conversation avec souplesse. Surtout, ne soyez pas insistant.
  3. Se suffire à soi-même N’attendez pas que l’autre vous valide socialement, ne cherchez à exister à travers elle.
  4. Ne pas se la jouer garçon sensible Vous risquez de devoir dire oui à tout. Affirmez-vous, sans virer macho.
  5. Réapprendre la lenteur Le meilleur moyen de tuer le désir, c’est d’y succomber. Ne pressez pas les choses.

 

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