Les maisons griffées haut de gamme doivent-elles faire profil bas
dans des périodes où l’étalage des richesses a plutôt mauvaise presse?
L’avis d’Olivier Saillard, scrutateur de luxe.
FEMINA La situation économique actuelle va-t-elle ébranler les bases du luxe?
OLIVIER SAILLARD Sans aucun doute. Même si le luxe a résisté à d’autres événements, comme la guerre de 1940-1945, il va devoir s’orienter vers quelque chose de différent, moins tapageur, moins ostentatoire. Ce qu’il y a de réjouissant, aujourd’hui, c’est qu’il va falloir revoir certaines méthodes de production. Repenser à la baisse les rythmes de création et de précollections notamment qui se sont accélérés au fil des années au profit de valeurs sûres. D’ailleurs, plusieurs maisons ont déjà commencé à proposer des lignes «basiques», standard, qui répondent davantage à notre époque tout en restant extrêmement créatives. C’est le cas d’Yves Saint Laurent, de Lanvin où les femmes peuvent s’offrir les grands classiques sans ressembler à des porte marques.
La fin d’une industrie au profit d’un artisanat?
La notion de luxe et d’industrie m’a toujours paru antinomique. Le luxe se doit d’être rare, faire de la rareté une industrie est impensable. La quintessence du luxe telle que je la vois se veut discrète et surtout intemporelle. Porteuse d’un raffinement qui ne se voit pas nécessairement par le prix ou par l’étiquette mais plutôt par la sélectivité.
Des exemples?
En mode je pense à Hermès, mais aussi à Azzedine Alaïa, à Margiela, Yohji Yamamoto, comme des garçons. A l’époque où il travaillait pour Hermès, Martin Margiela a montré la voie à ce que peut être un luxe discret et inventif. Reste maintenant à savoir si la nouvelle clientèle du luxe, qui a encore beaucoup d’argent, comme les Russes par exemple attirés par des symboles clinquants, va adhérer à cette notion. Je n’ai pas l’impression qu’on est déjà dans une vague d’austérité. Le tape-à-l’œil remporte encore pas mal de succès.
Un objet de luxe est un objet qui se répare, souligne-t-on chez Hermès. Le luxe futur sera-t-il une valeur refuge?
Pourquoi pas? On peut, en effet, se demander s’il ne vaut pas mieux investir dans une montre, un bijou que de confier son argent à une banque. Il y a une telle perte de confiance généralisée que certaines personnes peuvent être tentées par une belle pierre précieuse, par exemple. Et surtout, quoi que l’on pense, le luxe peut s’apparenter à une philosophie de vie.
Une philosophie réservée aux plus nantis?
Pas nécessairement. A chaque saison de haute couture j’organise, à Paris, des performances poétiques. Dans quelques jours ce sera un défilé de joaillerie… en papier. Mes poèmes tracés sur des étiquettes suspendues à des vêtements, des colliers, qui n’ont qu’une valeur spirituelle. Pour montrer qu’un geste peut être plus délicat qu’un bijou. Une manière de montrer que ce qui est cher au sens noble du terme n’est pas nécessairement coûteux. Le luxe c’est aussi partager des moments de culture, de création.
Bio express
Performeur, commissaire de nombreuses expositions dont la plus récente consacrée à Sonia Rykiel s’achèvera à Paris le 19 avril 2009, Olivier Saillard est reconnu pour ses compétences d’observateur du luxe. Il est depuis 2002 chargé de la programmation des expositions au Musée parisien de la mode et du textile.

























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