Est-il inconscient de ne pas vacciner son bébé?

Par Sylviane Pittet

 

Par Sylviane Pittet

 

L’épidémie de rougeole qui sévit dans notre pays le prouve: les enfants non vaccinés sont des dangers pour les autres.
Claire-Anne Siegrist, professeure en pédiatrie et spécialiste en vaccinologie aux HUG, à Genève, fait le point.

Femina Chaque jour apporte son lot de malades. On arrive à près de 2000 cas de rougeole en un an contre 50 environ habituellement. Que pouvez-vous faire?
C.-A. Siegrist Répéter que les moins de 45 ans doivent vérifier qu’ils ont bien reçu deux doses de vaccin contre la rougeole. Au niveau de l’information, il y a encore à faire. Mais j’ai renoncé à toucher les 3 ou 4% de parents qui s’opposent à vacciner leurs enfants pour des questions philosophiques.

Il y en a si peu?
Oui. Ils sont peu nombreux mais on les entend beaucoup. A 16 ans, 96% des jeunes sont vaccinés contre la rougeole. Après vingt ans d’efforts, je me suis résignée à laisser de côté le petit pourcentage de parents récalcitrants. On ne fait pas boire quelqu’un qui n’a pas soif. Je préfère axer nos efforts sur les 10 à 20% qui se posent des questions.

Certains parents hésitants retardent le moment des vaccins. Ils attendent que bébé ait développé ses anticorps. Bonne idée?
Non dans la mesure où les vaccins ont justement été développés pour les bébés. C’est parce que leur système immunitaire est vulnérable que les petits ont besoin de certains vaccins. Contre le tétanos, on peut attendre: le bébé dans son berceau a peu de risque de se blesser. Contre la rougeole, la coqueluche ou les méningites, en revanche, mieux vaut agir tôt. Contractées avant l’âge d’un an, ces maladies peuvent provoquer de graves complications.

Un enfant non vacciné contre la rougeole met la santé des autres en danger. Qui risque le plus d’être touché?
Tout son entourage, entre 0 et 45 ans, court un danger, ce que les parents ne réalisent pas toujours. Récemment, un grand-père a souffert d’une rougeole, infecté par son petit-fils. Nous vivons dans une société extrêmement égocentrique où la notion de solidarité fait défaut.

D’après vous, est-ce un luxe de pays riche que de dire «ah non, pas de vaccin pour mon petit bébé»?
Oui. Chez nous les peurs se sont déplacées. A l’époque de mes parents, tout le monde connaissait quelqu’un qui avait souffert de poliomyélite. On faisait la queue chez les médecins pour vacciner ses enfants. Aujourd’hui, on ne craint plus la polio. C’est la rançon de la gloire. Si vous introduisez un vaccin efficace, il y a fort à parier qu’après dix ou quinze ans, plein de gens se disent: «Finalement, à quoi bon se faire vacciner contre quelque chose qui n’existe plus?»

Dans ce domaine, Internet véhicule et alimente certaines angoisses, à propos d’autisme ou sur les intérêts de l’industrie pharmaceutique…
C’est un peu pitoyable. Les experts n’agissent pas pour l’industrie pharmaceutique et la plupart sont des fonctionnaires, avec un salaire fixé par les barèmes de l’Etat. Quant aux risques, comme l’autisme, dix ans d’études ont prouvé que cette rumeur est fausse.

 

Bio Express

Professeure en pédiatrie aux Hôpitaux universitaires de Genève, Claire-Anne Siegrist en dirige le laboratoire de vaccinologie. Spécialisée dans la recherche et la mise au point de vaccins, elle a créé un site Internet aussi complet qu’interactif baptisé www.infovac.ch

 

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