Comment divorcer sans traumatiser

Vivre la séparation de ses parents est difficile à n’importe quel âge, mais pas de la même manière. Pour éviter les maladresses, il est donc essentiel de s’adapter au développement psychique de ses enfants.

Par Florence Schmidt

 

Il n’existe nulle leçon universelle pour bien réussir son divorce, ni un âge idéal qui permette aux enfants de mieux l’accepter. Il n’en reste pas moins que la séparation de ses parents n’a pas le même impact sur un petit de 3 ans ou sur un adolescent. La raison? Le psychisme d’un enfant, et par conséquent ses réactions émotionnelles, évolue en fonction de son âge. Dans son livre Divorce, les enfants parlent aux parents, la psychologue Yolande Gannac-Mayanobe recense les maladresses classiques et explique comment les éviter. Explications et conseils pour préserver sa progéniture, étape par étape.

De 0 à 3 ans: L’âge des repères et de la filiation

Un enfant qui vit un divorce avant l’âge de 3 ans n’a pas de souvenirs de la vie de famille unie, il n’a pas de nostalgie de ce schéma idéal, sauf lorsqu’il le découvre chez les autres. Il est donc fondamental qu’il comprenne qu’il est bien issu de l’amour entre son père et sa mère et qu’il a été désiré. Sinon il va croire qu’il n’appartient pas à la fois à son papa et à sa maman.

L’attitude à bannir: Rester flou et faire comme si l’ex-couple n’avait jamais vraiment existé.

Le conseil à suivre: Il est difficile d’expliquer les raisons du divorce à un tout-petit car il ne parvient pas à comprendre ce qu’une séparation implique vraiment émotionnellement. On doit surtout lui donner des points de repère très précis: quand il se rend chez l’autre parent, le laisser emporter son doudou, sa musique, son livre de lecture. On peut aussi lui montrer des photos de lui à sa naissance avec ses deux parents, pour qu’il ne s’imagine pas qu’il a été trouvé.

De 3 à 7 ans: L’âge du complexe d’Œdipe

L’enfant ressent une affection particulière pour le parent de sexe opposé. Le petit garçon rêve inconsciemment de supprimer son père pour prendre sa place auprès de sa mère. Si après la séparation, le fils grandit sans autre figure masculine, il peut avoir le sentiment d’avoir réalisé son fantasme. D’où un risque de se croire tout-puissant. Mais il éprouve aussi un fort sentiment de culpabilité car il a l’impression d’avoir évincé son père et d’être à l’origine de la séparation de ses parents.

La phrase à bannir: «On sera bien, mon fils, on restera ensemble tous les deux.»

Le conseil à suivre: L’enfant pense que c’est sa faute si ses parents se disputent et se séparent. Il est donc essentiel de lui rappeler qu’il n’est pas responsable des histoires des grandes personnes. S’il se sent lié à vie à sa mère, le garçon aura des difficultés à investir sa libido pour une autre femme une fois arrivé à l’âge adulte.

De 7 à 11 ans: L’âge de la morale et des lois

L’enfant aime apprendre. Il découvre le monde des adultes et leur mode de pensée. Son intelligence devient logique. Il comprend la notion du bien et du mal. Il intègre les règles, les lois et la morale. Il découvre les premières complicités, avec ses amis et dans les relations mère-fille, père-fils. A cet âge, un enfant est susceptible de beaucoup souffrir lors d’un divorce car le mariage est pour lui un sacrement définitif. Au même titre que les copains et l’amitié sont pour la vie.

La phrase à bannir: «Papa a trompé maman, c’est pour cela qu’on ne s’aime plus.»

Le conseil à suivre: Même si la tendance veut que les parents jouent franc-jeu sans rien cacher à leur descendance, tout dire sur sa vie privée peut se révéler dévastateur. La sagesse veut qu’on tienne l’enfant à l’écart des problèmes de couple. Inutile de lui faire jouer les confidents, de partager avec lui les histoires de tromperie ou de lui déballer les griefs personnels de l’un envers l’autre.

De 11 à 13 ans: L’âge de la conceptualisation

L’enfant a accès à l’esprit cartésien, il est capable de raisonner. Il a accès à la conceptualisation et à l’abstraction. Pour accepter et matérialiser la notion du divorce, il a donc besoin d’explications claires. A ce stade, le principe de la garde partagée peut se révéler catastrophique. Tout individu a besoin d’un lieu à soi, d’investir un foyer, d’avoir un point d’ancrage. Comment un enfant qui fait ses valises tous les trois jours aurait-il la stabilité nécessaire pour se construire sur le plan psychique?

La phrase à bannir: «C’est génial, tu auras deux maisons, deux chambres, deux fois plus de cadeaux…»

Le conseil à suivre: Idéaliser la situation est un discours de déni. L’enfant a besoin d’être conforté, d’être reconnu dans sa souffrance et d’entendre que cette épreuve ne sera pas facile à vivre.

A partir de 13 ans: L’âge des premières amours

C’est la période où l’enfant découvre la sexualité et l’amour. Il est très fragile car tiraillé entre passions et déceptions. Un divorce à cet âge est d’autant plus déstabilisant que les ados ont un fort besoin d’appartenance à une bande. Or la famille constitue le groupe primaire. Comme l’enfant idéalise la famille et le couple, une rupture le fait tomber de très haut. Il se demande si ses parents ne sont pas restés ensemble pour lui. Ou ressent un sentiment de trahison, en imaginant que ses parents lui ont menti pendant des années en donnant l’image d’un couple factice.

La phrase à bannir: «Nous sommes restés ensemble pour ton bien, maintenant, tu es en âge de comprendre que nous nous séparons pour refaire notre vie.»

Le conseil à suivre: Après une rupture, les parents doivent éviter de remplacer trop rapidement l’ex-conjoint. Car l’adolescent, lui, ne remplace jamais dans sa tête son père ou sa mère. Il faut lui laisser le temps de digérer le divorce avant qu’il soit prêt à accepter quelqu’un d’autre. De même, s’il se doit de respecter le nouveau compagnon, il n’est pas obligé de l’aimer.

 

Le nom de famille, indice de généalogie

En cas de divorce et de remariage, une femme peut changer de nom de famille et prendre celui de son nouveau conjoint. Ses enfants biologiques issus d’une première union ne portent dès lors plus le même patronyme qu’elle. Pour Yolande Gannac-Mayanobe, ce phénomène est catastrophique dans la compréhension de la généalogie car si les enfants n’ont pas le même nom que leur génitrice (ou que leurs grands-parents maternels), ils perdent la trace de leur lignée. Au sein d’une famille recomposée, ils ne parviennent plus à comprendre quels sont leurs liens de parenté. Y a-t-il une différence entre une demi-sœur par alliance ou une demi-sœur liée par le sang? Selon la psychologue, afin d’éviter cette confusion, il faudrait changer la loi et donner à chaque enfant le nom de son père et celui de sa mère. Systématiquement.

 

Publier un nouveau commentaire